Prêchi-prêcha?

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Jean-Marc Salvet
Le Soleil

(Québec) Le silence ayant entouré le discours du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, sur les Objectifs du millénaire est révélateur. Il illustre à quel point ce sujet est perçu comme un vulgaire prêchi-prêcha dans nos sociétés.

Nos médias - ceux d'ici et d'ailleurs - ont détourné le regard. En ce sens, ils reflètent une réalité : celle de populations lassées ne prêtant plus guère attention à des discours comme celui-là, jugés «moralisateurs».

La pauvreté dans le monde? L'indigence? La sous-scolarisation? Et quoi encore?

Des problèmes trop loin de nous. Pas assez concrets. Insolubles, qui plus est... Vraiment?

Il est vrai que l'heure n'est plus à se demander si ces objectifs de développement, lancés il y a 10 ans, seront atteints ou pas en 2015. Ils ne le seront pas. La cause est entendue. Ban Ki-moon, dans son allocution du 22 décembre, l'a lui-même reconnu.

Rappel : en septembre 2000, les dirigeants de la planète ont adopté la Déclaration du millénaire. Elle prévoyait (et prévoit toujours) huit grands objectifs pour 2015 : réduction de moitié de l'extrême pauvreté, diminution des deux tiers de la mortalité infantile, éducation primaire pour tous et lutte contre des pandémies comme le paludisme, notamment.

L'échec est patent. L'humanité vient même de battre un triste record. Plus d'un milliard (1,02) d'êtres humains souffrent aujourd'hui de la faim. C'est un sixième de la population mondiale.

Que l'on devienne fataliste devant l'Afrique et certains pays du sud-est asiatique est compréhensible. Mais que l'on considère que les Objectifs du millénaire ne nous concernent pas est grave.

Nous avons tous intérêt, par exemple, à ce que le taux de chômage dans le monde arabe cesse d'être l'un des plus élevés de la planète. Selon la Ligue arabe, il est de 26 %, alors que le taux de chômage global est de 13 %.

Il est également faux de soutenir qu'il n'y a rien à faire. Les dirigeants de nombreuses zones sinistrées ont leurs propres responsabilités à assumer. Mais les chefs d'État et de gouvernement qui se réuniront l'automne prochain à l'ONU devront faire preuve de volontarisme - même si ces objectifs sont désormais hors de portée pour 2015.

Pourquoi pas une contribution sur les transactions financières mondiales au bénéfice de l'aide au développement? L'idée est discutée dans les milieux diplomatiques depuis des années. Par exemple, une taxe de 5 ¢ sur une transaction de 1000 $ générerait des recettes de 35 milliards $ par an.

Pourquoi le Canada ne contribuerait-il pas au débat? Ce monde est aussi le sien après tout.

Nous ne sommes ni dans le prêchi-prêcha ni dans l'insoluble. Nous sommes dans le très concret, l'hyperréalisme.

Un monde affamé est un monde dangereux.

 

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