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Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Dans un premier temps, le Comité consultatif sur l'économie et les finances publiques avait posé le diagnostic que le Québec vit largement au-dessus de ses moyens et qu'il se dirige tout droit vers un mur si rien n'est fait. Dans un deuxième fascicule rendu public mercredi, les experts Pierre Fortin, Robert Gagné, Luc Godbout et Claude Montmarquette ajoutent que l'État pourrait dépenser beaucoup plus efficacement et avoir accès à des revenus additionnels, sans pour autant affecter la croissance économique.

Ce bilan partiel n'a rien pour ébranler les colonnes du temple. Ces verdicts ont en effet été plusieurs fois rendus. Mais il ne faut pas négliger leurs vertus pédagogiques dans le contexte actuel.

Personne n'est dupe, le ministre des Finances, qui est à l'origine de la mise sur pied de ce groupe de travail dans le cadre de ses consultations prébudgétaires, s'échine à travers eux à préparer les esprits à un choc. Raymond Bachand doit en effet livrer un budget quelque part en mars qui devra inévitablement contenir des mesures de redressement qui vont faire mal. Il n'y a pas d'autre avenue possible pour parvenir à mettre un terme aux déficits.

Or, il le sait, toute réduction de services, hausse de tarif ou de taxe lui vaudra l'opprobre d'une majorité de Québécois. Beaucoup marchent en effet au rythme du credo «trop de taxes et jamais assez de services», et se tournent vers le gouvernement dès qu'il y a le moindre problème à résoudre.

Dans cette foulée, plusieurs retiendront d'ailleurs du document divulgué mercredi le fait que les réseaux de la santé et de l'éducation soutiennent de trop lourdes structures de gestion qui bouffent énergies et ressources, et ralentissent la livraison des services aux clientèles. Que l'on commence par faire le ménage chez les fonctionnaires et nos problèmes seront vite réglés, concluront-ils. Ils pourraient de même avoir retenu qu'une saine émulation entre le public et le privé n'a que des avantages.

Malheureusement, avec la dette hors de contrôle du Québec, ce nécessaire allègement et cette mise en compétition seront bien insuffisants. Il faut non seulement que l'État dépense beaucoup moins, et donc qu'il y ait une réduction du panier de services offerts aux citoyens, mais il faudra aussi qu'il y ait en même temps des rentrées de fonds supplémentaires dans les coffres publics.

En fait, la question fondamentale toujours sans réponse dans ce dossier de l'assainissement des finances du Québec, ce n'est pas quelles cibles seront touchées dans le prochain budget. C'est plutôt : Raymond Bachand sera-t-il le ministre des Finances qui osera enfin donner le coup de barre qui s'impose depuis longtemps pour protéger les générations à venir des retombées de nos excès?

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