Dans un premier temps, comme le démontre un sondage La Presse Canadienne-Harris-Décima rendu public jeudi, près de trois Canadiens sur quatre estiment que le gouvernement fédéral a accompli un bon ou un excellent travail à la suite du violent séisme survenu en Haïti le 12 janvier.
Mais plus encore, en conviant à Montréal lundi dernier les pays donateurs pour une conférence de travail sur la reconstruction d'Haïti, convainquant des joueurs majeurs comme la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton et le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner de s'asseoir à ses côtés, Stephen Harper est allé bien au-delà du généreux, mais facile, geste de compassion. Avec aplomb et clairvoyance, il a en effet pris en charge la coordination d'une phase cruciale de l'opération internationale de relance économique et sociale du petit pays des Antilles.
Le chef conservateur a continué à afficher cette prestance propre aux personnages politiques d'envergure jeudi en Suisse alors qu'il s'est adressé à l'auditoire du prestigieux Forum économique de Davos. Il y a élaboré une nouvelle doctrine politique, mettant de l'avant le concept de la "souveraineté éclairée" des États, soutenant que les nations devaient apprendre à voir au-delà de leurs petits intérêts à court terme, la coopération axée sur l'intérêt général étant seule garante d'un progrès ordonné pour l'ensemble.
Dans cette foulée, il a livré un message étoffé et convaincant sur la réforme du système financier mondial, prenant incidemment le contre-pied du discours du président français livré la veille à la même tribune. Nicolas Sarkozy y avait réclamé une révolution de la régulation mondiale pour stopper "les folies" d'une économie de marché livrée à elle-même.
Prenant soin de ne jamais se poser en adversaire, Stephen Harper a plaidé avec élégance mais fermeté que la réglementation à instaurer devait viser les bons objectifs, sans être excessive, mettant en relief le danger de s'immiscer dans la "microgestion des affaires d'une industrie complexe". En fait, a-t-il illustré, le système bancaire canadien n'a pas fléchi pendant la crise et s'est imposé aux yeux des observateurs comme un exemple à imiter.
Le chef conservateur a été aussi éloquent quant à la nécessité du maintien des programmes de relance gouvernementaux à court terme, la sortie de crise n'étant pas dans le sac malgré les indices prometteurs. La sagesse impose aussi, selon lui, de préparer dès maintenant la réduction des déficits gouvernementaux et le retour à l'équilibre budgétaire à moyen terme.
Stephen Harper a clairement été un homme politique au-dessus de la mêlée à Davos et dans le dossier d'Haïti. On ne peut que souhaiter que le premier ministre élargisse cette approche aux affaires intérieures canadiennes, où ses positions se sont trop souvent définies par leur couleur idéologique plutôt que par le souci d'élever le niveau du débat d'idées et des politiques qui en découlent.
Le cas d'Omar Kadr toujours détenu à la prison de Guantanamo est l'un de ces dossiers où l'intransigeance et le peu de respect à l'égard des institutions canadiennes entachent sérieusement sa feuille de route. La violation des droits fondamentaux du jeune Canadien, enfant-soldat de surcroît, exige réparation, ont statué les juges du plus haut tribunal du pays. L'homme d'État Harper porte maintenant la responsabilité de le rapatrier.










