Il est vrai que tout n'est pas parfait. Il faut par exemple s'inquiéter du financement occulte qui aurait cours dans certains partis ou de la corruption chez certains élus qui avantageraient des compagnies au détriment de l'intérêt public, mais il faut éviter la généralisation «qui tue». Les dossiers du genre «scandale des commandites» sont très rares dans les annales, tout comme les cas avérés d'élus et de fonctionnaires qui ont cédé aux chants de sirène des entrepreneurs véreux ou mafieux. Or, dans ces cas où ça sent mauvais, la réponse n'est pas de se boucher le nez, mais bel et bien d'enquêter.
De toute manière, faute de meilleure alternative, il faut continuer à investir énergies et ressources pour rendre notre système démocratique plus transparent, plus crédible et ainsi restaurer la confiance auprès de ceux qu'il a comme objectif de servir.
C'est l'approche raisonnable retenue par le Jury citoyen parrainé par l'Institut du Nouveau Monde et qui s'est penché, à la demande du Directeur général des élections (DGE), sur les améliorations à apporter au financement des partis politiques.
Ces 12 représentants de la société civile recrutés aux quatre coins du Québec qui rendaient publiques hier leurs recommandations ont tout d'abord fermement écarté tout retour au financement des partis par des entreprises ou des groupes de pression. Il est crucial, ont-ils évalué, «de préserver l'indépendance de nos élus à l'égard des intérêts privés». Tout le monde au Québec continue heureusement de s'entendre sur ce principe.
Mais en même temps, personne n'est dupe. Il faut donner au DGE les outils qui lui manquent cruellement pour l'instant, pour que son équipe fasse respecter la loi.
En ce sens, il faut souscrire à l'idée défendue par le Jury qu'il soit celui qui gère complètement le crédit d'impôt consenti aux citoyens finançant les formations politiques. En concentrant à son bureau toute l'information relative aux donateurs et aux finances des partis, il sera beaucoup plus facile de faire les recoupements permettant de déceler les entourloupettes.
De plus, les sanctions doivent être beaucoup plus sévères pour tous ceux qui se prêtent aux stratagèmes de contournement du financement populaire, à commencer par leurs organisateurs.
Le jury le note, les politiciens sont en partie responsables de leur piètre image. Le dénigrement occupe trop de place par rapport au débat constructif ou à la promotion d'idées stimulantes. Bien sûr, les médias partagent ce blâme d'alimenter le cercle vicieux de l'approche par la négative.
Devant la désaffection qui en résulte et qui fait chuter la participation électorale, faut-il maintenant prendre le temps de rappeler aux citoyens du Québec l'intérêt de notre liberté démocratique et le pouvoir réel que chacun détient de faire bouger des choses en s'impliquant? Trop gâtés et trop cyniques, peut-être en sommes-nous rendus là en effet.
Le Jury citoyen est en tout cas convaincu qu'il y a lieu de raviver la flamme citoyenne des Québécois. Dans l'actuel contexte de rareté des ressources financières, ce mandat devrait rester, au moins au départ, entre les mains du DGE.
Il reste qu'il est quand même aberrant que nous en soyons rendus à devoir nous dire : réalisons-nous notre chance?










