Les deux hommes illustrent encore une fois comment les questions d'éthique sont traitées avec légèreté par le gouvernement libéral.
M. D'Amour, qui est aussi un ancien président du Parti libéral, reconnaît avoir violé la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme. Du même souffle, il soutient cependant n'avoir jamais eu l'intention de contrevenir sciemment à la loi dans l'exécution de son travail pour BPR. S'il a plaidé coupable, c'est pour mettre un terme définitif à l'affaire, pour tourner la page.
Pour la modique somme de 500 $, il évite en effet que son cas soit à nouveau étalé dans les médias. Une aubaine pour lui et pour son gouvernement talonné depuis des mois pour qu'il instaure une commission d'enquête sur les allégations de collusion et de copinage dans l'industrie de la construction.
De Bangalore, le premier ministre Charest a affirmé qu'il considérait l'infraction comme sérieuse, mais qu'il serait exagéré d'exclure le député du caucus libéral. Il estime de plus que c'est une bonne chose, que M. D'Amour mette cette histoire «derrière lui».
Comment voulez-vous que la population ne soit pas cynique à l'égard de la classe politique lorsqu'un premier ministre et un député s'expriment ainsi?
Il est à craindre que la loi sur le lobbyisme soit de plus en plus ignorée. L'ancien commissaire André C. Côté a signalé des failles dans la loi instaurée en 2002. Il s'inquiétait notamment que les firmes d'ingénieurs-conseils ne se sentent pas concernées par cette loi alors qu'elles traitent avec le gouvernement et les municipalités, particulièrement en ces années de grands travaux d'infrastructures. L'actuel commissaire, François Casgrain, a formulé les mêmes doléances. En vain.
Il y a bien eu en 2008 une commission parlementaire pour faire le point sur les cinq premières années de vie de la loi. Mais rien n'a été mis en oeuvre pour rajuster le tir, pour préciser qui doit s'inscrire au registre, pour augmenter les amendes ou pour allonger les délais de prescription, manifestement trop courts. On le voit bien dans le cas de BPR. Sur 84 manquements à la loi, seulement 27 peuvent faire l'objet de poursuite, le délai de prescription d'un an n'étant pas écoulé.
Faute de tenir une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, les libéraux doivent combler rapidement les lacunes de la loi sur le lobbyisme.










