Un jeu en ligne avec ça?

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Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Le scandale n'est pas que Loto-Québec offrira du poker en ligne. Mais bien que la délicate décision de se lancer dans l'exploitation de ce marché ait été prise sans faire l'objet d'un débat public et sans la garantie que tout sera fait pour limiter les dommages. Loto-Québec et le ministre des Finances, Raymond Bachand, forcent le jeu.

Loto-Québec n'a pas à renoncer aux jeux en ligne parce qu'elle est une société d'État. Parce qu'elle est une société d'État, elle a cependant une responsabilité sociale et morale que les autres promoteurs de jeux n'ont pas, soit celle de circonscrire les effets nocifs du jeu dans la population.

Malheureusement, il y avait de grands absents cette semaine lorsque M. Bachand et le président de Loto-Québec, Alain Cousineau, ont annoncé leur projet. Des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux, ainsi que des experts indépendants sur le jeu pathologique, n'étaient pas là pour apaiser les craintes légitimes que suscite l'arrivée de Loto-Québec dans les jeux en ligne.

MM. Bachand et Cousineau ont certes promis un comité de suivi. Ils ont aussi répété qu'ils se souciaient des joueurs pathologiques. Un ministre des Finances aux prises avec un déficit et un président de société qui doit verser annuellement des dividendes à son patron n'ont cependant pas la crédibilité nécessaire en la matière. Mais cela ne semble pas avoir indisposé outre mesure les membres du Conseil des ministres.

M. Cousineau a annoncé en novembre dernier, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qu'il espérait proposer du poker et du pari sportif en ligne dès l'été prochain. Le 26 janvier, le Conseil des ministres donnait son accord. Pas de commission parlementaire, pas de débat en Chambre.

Le marché des jeux en ligne connaît une expansion fulgurante (30 % par an depuis 2003), plus de 2000 sites illégaux sont déjà accessibles et les produits traditionnels (loteries, appareils vidéo et casinos) sont saturés. À écouter certains, Loto-Québec devrait regarder passer le train et laisser dans les poches d'autres promoteurs de jeux en ligne les 50 à 80 millions $ que la province pourrait tirer annuellement en exploitant ce créneau. Les Québécois qui demeurent libres de jouer ou non, et dont la majorité ne deviendront jamais des joueurs pathologiques, sont-ils prêts à sacrifier cet argent?

Selon nous, ce serait un mauvais choix. Que les jeux soient offerts par Loto-Québec ou non, les Québécois iront parier sur Internet, comme ils allaient dans les casinos à l'extérieur de la province ou faisaient des paris avant que l'offre de jeu ne soit étatisée.

Aujourd'hui, à partir de notre ordinateur ou de notre téléphone, nous magasinons, nous visionnons des films, nous regardons des émissions de télé, nous écoutons de la musique, nous communiquons avec le monde entier. Loto- Québec devrait fermer les yeux sur cette réalité, sur ces nouvelles habitudes de consommation et de divertissement et se contenter d'offrir des «gratteux» au dépanneur parce qu'elle est une société d'État? Sûrement pas.

Mais, la prudence et la mesure s'imposent. L'État tire profit du jeu, mais c'est aussi l'État qui paie une partie de la facture pour les problèmes économiques et sociaux qu'éprouvent les joueurs compulsifs qui utilisent les produits de Loto-Québec et ceux d'autres sources. Avec les jeux en ligne, nous avançons sur un terrain moins connu. Les incidences du jeu, notamment chez les jeunes, doivent être attentivement suivies.

Lorsque budget et crédits seront présentés en mars, nous mesurerons mieux le sérieux du gouvernement libéral. Si le ministre des Finances prévoit d'importants revenus de la part de Loto-Québec, il est à craindre que la lutte contre la dépendance au jeu ne sera pas la priorité de la société d'État.

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