Pourtant, si son comportement n'est pas sans taches dans la controverse dont il fait l'objet actuellement, il est bien loin de mériter la charge à fond de train dont il est victime.
Objectivement, Pierre Duchesne est un homme qui fait honneur à sa fonction. Distingué et discret, le haut fonctionnaire de carrière qui a été secrétaire général de l'Assemblée nationale de 1984 à 2001 a eu un parcours irréprochable avant d'être invité à prendre la relève de Lise Thibault.
Cette dernière était devenue «persona non grata» à la suite d'enquêtes des vérificateurs du Canada et du Québec qui ont conclu à des dépenses injustifiées de 700 000 $ en 10 ans. Mme Thibault doit d'ailleurs s'en expliquer devant la justice et répondre à des accusations de fraude et d'abus de confiance.
Dans le cas de l'actuel lieutenant-gouverneur toutefois, il n'y a rien à redire à ce chapitre. C'est la grande sobriété. Le greffier du conseil exécutif, Gérard Bibeau, a témoigné en commission parlementaire de l'administration publique cette semaine pour expliquer que, depuis l'entrée en fonction de M. Duchesne, les dépenses du lieutenant-gouverneur sont contrôlées de très près et que ce dernier collabore pleinement pour assurer la plus grande transparence dans la gestion de l'argent des contribuables.
De toute façon, sa marge de manoeuvre est à peu près nulle. D'une part, l'enveloppe pour le fonctionnement du bureau du lieutenant-gouverneur est aujourd'hui 20 % moins élevée qu'à l'époque de Mme Thibault. D'autre part, une portion de 82 % de son budget va à la rémunération du personnel et 9 % au loyer. Il ne reste donc que 65 000 $ pour les dépenses d'automobile, les communications, l'équipement, la papeterie, etc. Il n'y a guère de place pour les extravagances.
On peut bien soutenir que cette fonction doit tout simplement disparaître. Mais ce n'est pas si simple. Il faut amender la Constitution. Le problème est d'ailleurs le même pour Stephen Harper qui veut réformer le Sénat pour le rendre électif. Les provinces veulent bien que la Chambre haute soit dépoussiérée, mais elles ne s'entendent pas sur ce qui constituerait une amélioration. De là, le statu quo.
Quant à penser que la disparition du lieutenant-gouverneur engendrerait une économie, il y a là un leurre. Il faudrait sans doute le remplacer par un président qui jouerait un rôle d'arbitre au-dessus des partis politiques, comme ça existe ailleurs normalement.
Bien sûr, M. Duchesne a fait une erreur en opposant une fin de non-recevoir plutôt sèche à la première demande des députés de venir discuter de ses dépenses en commission parlementaire. La tradition, il est vrai, veut que la reine - qu'il représente - ne vienne pas personnellement parler d'argent. Mais, en 2010, dans le contexte québécois, alors qu'il est question de fonds publics, il eut mieux valu trouver un accommodement raisonnable dès le départ. Surtout que le lieutenant-gouverneur n'avait strictement rien à cacher. Quant aux médailles à son effigie, il y a peut-être là un simple petit péché d'orgueil... bien peu coûteux.










