Les dernières statistiques sur le taux de tabagisme chez les jeunes montrent qu'il ne faut pas agir comme si l'ennemi de la santé publique était terrassé à jamais. Au cours des 10 dernières années, le nombre de jeunes fumeurs québécois âgés entre 15 et 19 ans était pourtant en baisse, passant de 36 à 17 %.
L'an dernier, il a cependant crû de 3 %. Les accros aux cigarettes ont beau se faire moins nombreux chez les adultes, évitons de former de futures générations de fumeurs.
Il faut certes demeurer vigilant, mais aussi se demander si nos moyens d'action et de sensibilisation ne souffrent pas d'essoufflement. Nos stratégies sont-elles encore bien adaptées à la réalité et aux valeurs des jeunes? À trop vouloir en faire, à multiplier les interdits, on risque de nuire à sa cause en attisant la contestation. Lorsque des non-fumeurs commencent à trouver que l'on s'acharne sur les fumeurs et que les gouvernements veulent trop dicter les comportements des individus, un questionnement s'impose.
Cette semaine, le maire de l'Ancienne-Lorette est parti en guerre contre les fumeurs dans les 15 parcs de sa ville. Émile Loranger veut «donner le bon exemple aux jeunes». Son règlement expose les contrevenants à des amendes de 100 à 300 $, voire de 200 à 600 $ en cas de récidive.
Le bon maire a-t-il aussi prévu des contraventions pour les gens qui donnent aussi un mauvais exemple en mâchant de la gomme, en mangeant des croustilles, en sacrant ou en exposant leur bedaine devant les petits réunis au parc ou au terrain de soccer?
La Société des traversiers du Québec pousse aussi un peu fort. C'est une chose d'interdire aux passagers des traversiers de fumer sur les ponts pour éviter qu'ils indisposent et nuisent à la santé des autres clients et des employés. Mais de là à interdire aux automobilistes de fumer dans leur propre voiture, toutes vitres fermées... Il y a des limites à vouloir protéger les individus contre eux-mêmes.
La lutte au tabagisme ne peut justifier non plus le mauvais goût et les associations douteuses. En France, une publicité lancée par l'association des Droits des non-fumeurs vient d'être retirée car elle établissait gauchement un parallèle entre le tabagisme chez les jeunes et la soumission à une fellation. L'Office français de prévention contre le tabagisme a conclu que le message choquait les adultes sans faire peur aux adolescents. Un bel exemple de cible ratée.
Au-delà des publicités accrocheuses et des «bons exemples», le coût des cigarettes est un élément déterminant dans la décision d'un jeune de fumer ou non. La Société canadienne du cancer explique d'ailleurs l'augmentation de la consommation chez les jeunes Québécois par la prolifération du tabac de contrebande.
Les ados peuvent acheter pour aussi peu que 6 $ une cartouche de cigarettes.
Ce n'est pas très cher payé pour marquer son opposition aux règles établies par les écoles, les gouvernements et les parents. À long terme, la facture individuelle et collective en soins de santé est cependant très élevée.
Ottawa, Québec et les corps policiers doivent batailler plus fort sur le terrain de la contrebande si nous ne voulons pas perdre les gains si durement réalisés. Cela ne fera pas la manchette, mais cela s'avérera beaucoup plus efficace que de voter des règlements plus ou moins applicables.










