Prudent, le gouvernement minoritaire du premier ministre Stephen Harper a pris soin de n'annoncer jeudi aucune initiative susceptible de générer une vraie levée de boucliers au sein d'une portion significative de l'électorat. Une kyrielle de petites mesures suggère au contraire une sensibilité à des clientèles variées.
Bien sûr, l'opposition aux Communes a déjà dénoncé dès sa diffusion l'oeuvre dans son ensemble, et plus particulièrement les mesures qui méritent vraiment de l'être, mais va néanmoins agir - avec soulagement d'ailleurs - pour assurer un vote favorable à la proposition ministérielle.
Les conservateurs n'ont cependant pas cherché à ménager les susceptibilités adverses au point de renoncer à leurs convictions profondes. Stephen Harper profite ainsi de ce budget pour ouvrir une large brèche dans le petit filet environnemental canadien en place, en faisant disparaître des entraves à l'activité des géants de l'énergie (pétrole et nucléaire) à travers la déréglementation et des investissements sous couvert de recherche et développement.
Les environnementalistes seront d'ailleurs le groupe de pression le plus férocement dénonciateur du budget sur la table. Les fonctionnaires fédéraux ne seront cependant pas trop loin derrière, puisque c'est largement sur leur dos et sur celui des bénéficiaires de l'aide internationale que se fera progressivement le retour à l'équilibre budgétaire.
Encore là, les conservateurs sont fidèles à leur credo. D'une part, le gouvernement sera moins encombrant en raison d'une présence et d'une surveillance allégées. Mais plus encore, il s'assure de ne pas avoir les moyens de l'être, les budgets de fonctionnement des ministères étant gelés pour trois ans.
Pour l'exercice budgétaire 2010-2011, M. Flaherty va ainsi chercher 300 millions $ en réduisant les coûts administratifs de l'appareil gouvernemental. Et cette pression ira en s'intensifiant d'année en année jusqu'à atteindre 8 milliards $ d'économies d'ici cinq ans, si on inclut parallèlement le ménage qui se fera dans les missions de l'État. C'est toute une cure d'amaigrissement qui s'engage.
Le gouvernement Harper aurait-il pu atténuer un peu le choc en limitant son effort de relance compte tenu de la relative bonne performance de l'économie canadienne? La question se pose. Mais les conservateurs s'étaient engagés à mener à terme leur Plan d'action économique dont la première année a bel et bien produit l'effet escompté, il faut le reconnaître. Difficile de les blâmer de vouloir mener l'opération à terme en injectant les 19 milliards $ d'investissements restants. Même au prix d'un déficit record de 49,2 milliards $.
Au chapitre des dimensions positives de ce budget, il faut souligner le souci global de donner la meilleure marge de manoeuvre possible aux entreprises pour soutenir la croissance. Les efforts du côté de l'innovation et de l'aide à la recherche et au développement, les fonds supplémentaires pour les recherches post-doctorales, le soutien aux jeunes pour contrer le décrochage, celui aux communautés autochtones, de même que des mesures de protection des consommateurs sont aussi bienvenus.
Quant à la dimension strictement régionale de ce budget, ni le Québec ni la région de Québec n'ont de raison ce matin de sentir que les conservateurs leur vouent une affection particulière.


















