Il ne reste que la Chine à convaincre, parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, que Téhéran entend bel et bien se doter de l'arme nucléaire. La Chine est un pays qui, par tradition ou par principe, est hostile aux sanctions internationales. Pékin s'est en outre montré fort sceptique à l'égard des «preuves» évoquées par les pays occidentaux ou l'Agence internationale de l'énergie atomique, sur ce présumé programme iranien. Mais en même temps, Pékin refuse d'être isolé au sein de la communauté internationale, surtout si elle devait se prévaloir de son droit de veto.
Il faudra quand même plusieurs semaines, voire plusieurs mois d'efforts pour rallier la Chine à des sanctions, qu'il faudra sans doute encore adoucir, alors que celles sur lesquelles les États-Unis et la Russie sont susceptibles de s'entendre ne doivent pas être de nature à pénaliser la population iranienne.
En début d'année, la Maison-Blanche estimait que le programme iranien connaissait de vives difficultés techniques et matérielles. Elle estimait de 18 mois à deux ans avant que l'Iran soit sur le point d'avoir «la bombe». Elle estimait même avoir convaincu les Israéliens de ce répit permettant à Barack Obama d'oeuvrer à un régime de sanctions acceptable par les cinq membres permanents du Conseil.
C'est possible, mais pas au point de ne miser que sur des sanctions appelées à s'adoucir, s'il s'agit de rallier la Chine.
L'ancien premier ministre israélien et actuel ministre de la Défense, Ehoud Barak, de passage à Washington il y a quelques jours, a plaidé pour le déploiement rapide d'amples forces navales américaines dans le golfe pour soutenir les manoeuvres diplomatiques en cours et appliquer un éventuel embargo sur tout ce qui peut être acheminé par voie maritime vers l'Iran, ou bloquer tout ce qui peut en sortir. Cela suppose un embargo plus ample que celui auquel songe l'administration Obama et qui ne vise qu'à pénaliser les Gardiens de la révolution, maîtres d'oeuvre du programme nucléaire iranien, y compris dans son présumé volet militaire.
Israël se perçoit comme le pays le plus concerné par la bombe iranienne, le plus immédiatement visé par cette même bombe. Il n'est pas sûr qu'il veuille attendre l'échéance ultime, celle des derniers tours de vis permettant l'assemblage de l'engin une fois le combustible mis au point.
Certains experts soulignent le caractère déstabilisant de la bombe iranienne si jamais elle voit le jour, ou plutôt si les Israéliens s'attendent et décident que la chose se fera dans de très brefs délais.
Les Iraniens pourraient alors être tentés de l'utiliser au plus vite contre Israël, s'attendant à ce que ce dernier passe aux actes pendant que leur arsenal nucléaire est encore dans l'enfance.
Les Israéliens, prêtant aux Iraniens un tel raisonnement, seraient eux-mêmes tentés de frapper les premiers, y compris avec des moyens nucléaires, pour être sûrs de neutraliser cet arsenal naissant.
C'est le scénario d'apocalypse. Ne comptons pas sur Israël pour l'évoquer ouvertement. Officiellement, l'État hébreu n'est pas une puissance nucléaire, même si tout le monde sait qu'il possède la bombe.
Mais il n'est pas fatal. Il sous-tendra les grandes manoeuvres, diplomatiques comme militaires, dans ce qui s'annonce comme la grande crise internationale de l'année. Israël n'a pas droit de veto au Conseil de sécurité, mais, soyons-en sûrs, il saura se faire entendre.










