La loi du silence est ce qui sert le mieux les fiers-à-bras dans la construction, comme dans tout autre secteur d'activité. Elle permet aux abuseurs, qu'ils soient du côté des syndicats ou des entrepreneurs, d'imposer leurs règles, d'étendre leur pouvoir et d'ériger leurs magouilles en système.
Si les travailleurs, les représentants syndicaux, les entrepreneurs et les donneurs d'ouvrage continuent jour après jour de fermer les yeux sur des comportements inacceptables et illégaux sur les chantiers, le Québec aura beau multiplier les commissions d'enquête et collectionner les rapports, la situation demeurera inchangée. C'est la crainte de se faire pincer, de voir sa réputation détruite, de payer d'imposantes amendes ou de se retrouver derrière les verrous qui limite les actes délinquants.
Le Québec dispose, dans sa législation, d'outils pour enrayer l'intimidation et la discrimination sur les chantiers. Encore faut-il que les acteurs les utilisent et passent à l'action. Les travailleurs qui ont porté plainte à la Commission de la construction du Québec et ceux qui ont dénoncé cette semaine, à Radio-Canada, la terreur régnant sur la Côte-Nord contribuent mieux que quiconque à assainir l'industrie.
Ce mouvement doit se poursuivre. S'il apparaît que les cas d'intimidation ne sont pas isolés et propres à une région, le gouvernement devra conclure qu'un système illégal s'est instauré et qu'il doit mettre en place des moyens supplémentaires pour l'abolir. Les ministres Hamad et Dupuis évaluent toujours que les écarts exposés cette semaine sont le fait de «pommes pourries». C'est plausible. S'il s'avère que le verger entier est infesté, ils devront toutefois prendre leurs responsabilités et procéder à un traitement choc.
Il importe donc que la Commission de la construction du Québec et que la Sûreté du Québec disposent des ressources humaines et financières nécessaires pour accueillir les plaintes des travailleurs, des entrepreneurs ou des donneurs d'ouvrage, et pour les traiter rapidement. Le gouvernement, critiqué parce qu'il refuse de mener une vaste enquête sur les diverses irrégularités observées depuis un an dans la construction, doit être, sur ce point, irréprochable. Il a l'obligation de prouver que la voie qu'il privilégie donne des résultats. C'est vrai pour l'intimidation sur les chantiers, comme pour les allégations de collusion ou de malversation visant les entrepreneurs, les firmes de génie conseil et les administrations publiques.
L'industrie de la construction n'est pas une industrie comme les autres, notait en 2005, dans son rapport sur la Gaspésia, le juge Robert Lesage. Il soulignait qu'il est indispensable de bien comprendre ses caractéristiques pour bien saisir les différences qui la distinguent des autres industries. Une invitation à ne pas sauter trop vite sur des solutions qui n'en sont pas vraiment.
C'est notamment le cas avec la proposition de créer un bureau indépendant de placement. Attrayante en théorie, notamment pour l'ADQ et pour les organisations syndicales minoritaires, celle-ci cadre mal avec la réalité de l'industrie où certains corps de métiers stratégiques ont et auront toujours un rapport de force incontournable. Ce qui explique sans doute que depuis 1975, aucun gouvernement, qu'il soit libéral ou péquiste, n'a appliqué la recommandation de la commission Cliche de créer un bureau de placement indépendant.
Personne ne veut risquer de paralyser les activités de milliers de petites entreprises et de travailleurs pour des cas d'intimidation qui peuvent être réglés par la police et par une meilleure discipline et éthique dans les rangs de la FTQ-Construction. Surtout pas lorsque la relance économique repose en grande partie sur des travaux d'infrastructures et que les conventions collectives viennent à échéance dans moins de deux mois.










