L'heure des choix

Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) La population les trouve bien bonnes et bien dévouées, les infirmières qui travaillent dans les hôpitaux. Mais, comme contribuables, sommes-nous prêts à améliorer leur rémunération et leurs conditions de travail pour accroître l'efficacité de notre système de santé? C'est un pari que le Québec doit oser faire.

Les infirmières ont des alliés de taille dans la présente négociation : les médecins spécialistes et les omnipraticiens. Pour les médecins, il ne fait aucun doute que la qualité des soins de demain dépendra directement du sort réservé aux infirmières aujourd'hui. Difficile de rester insensible devant un tel constat.

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, croit même qu'il faut augmenter considérablement le salaire des infirmières, particulièrement de celles travaillant dans les soins critiques comme l'urgence, les soins intensifs et les blocs opératoires. Sans remède à la pénurie d'infirmières, impossible d'augmenter le nombre d'interventions réalisées par les spécialistes dont il refuse toujours de préciser les revendications pour la prochaine série de négociations.

L'appui des médecins aux infirmières est bien sûr intéressé. Les infirmières attirent toujours plus la sympathie du public que les docteurs, dont les salaires sont dans les six chiffres. Dans un contexte où la marge financière du gouvernement québécois est minime, tous les acteurs du réseau de la santé ont cependant avantage à ce que l'argent disponible soit dirigé vers les établissements de santé plutôt qu'ailleurs.

Le gouvernement se retrouve donc en quelque sorte devant deux fronts communs pour le renouvellement des conventions collectives et des ententes venant à échéance le 31 mars. Celui de la santé, avec les infirmières et les médecins, et celui plus habituel regroupant les syndiqués de la santé, de l'éducation et de la fonction publique. Des tiraillements et de beaux débats en perspective.

Déjà, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, s'est avancé. Il est ouvert à l'idée d'offrir davantage au personnel infirmier qu'aux autres employés de l'État. Le temps est venu de franchir ce pas.

Le Québec ne peut pas espérer combler les départs à la retraite des infirmières, freiner l'exode vers le secteur privé et attirer des recrues dans la profession si les conditions de salaire et de travail ne sont pas améliorées. Qui est attiré par une job d'infirmière de soir, de nuit, de fin de semaine dans un hôpital où les heures supplémentaires sont obligatoires, s'il est possible d'obtenir de meilleures conditions dans un autre domaine ou hors du réseau? Qui veut se brûler à l'urgence ou aux soins intensifs si la tâche n'est pas rémunérée à sa juste valeur? Qui veut suivre la formation de «superinfirmière» sans espoir de détenir un vrai poste?

Certains diront que c'est bien triste pour elles, mais le gouvernement n'a pas l'argent pour bonifier les conditions de travail des infirmières. Certes, le Québec est aux prises avec un déficit. Certains choix budgétaires sont cependant douteux et

discutables.

Par exemple, quelque 150 millions $ sont versés chaque année à des agences pour payer les services d'infirmières qui ont délaissé le réseau public pour y revenir à fort prix par la porte du privé.

Québec s'offre aussi la primeur d'être le premier gouvernement nord-américain à consacrer 80 millions $ annuellement à la fécondation in vitro, alors que la Commission de l'éthique de la science et de la technologie et le Collège des médecins estimaient que les priorités en santé étaient ailleurs.

Lorsque les fonds sont limités, il faut les utiliser à bon escient. Il faut aussi avoir le courage politique de faire des choix difficiles et de les défendre.

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