De plus en plus coincé

Pierre-Paul Noreau
Le Soleil

(Québec) Intégrité personnelle attaquée, autres révélations embarrassantes sur le financement du Parti libéral du Québec, cas supplémentaires d'apparent favoritisme dans l'attribution des permis de garderie, plaintes de brasse-camarade sur les chantiers de construction de la Côte-Nord, front commun des médecins et des infirmières dans un contexte d'accentuation de la crise en santé, très mauvais sondages..., le premier ministre Jean Charest vient de vivre sa pire semaine depuis que le gouvernement qu'il dirige est redevenu majoritaire en décembre 2008. Or, son équipe n'avait que de bien piètres arguments à offrir en guise de défense au cours des derniers jours.

Selon plusieurs observateurs, les libéraux sont retombés dans l'ornière du laisser-aller qui avait marqué le premier mandat du chef libéral. À cette époque, M. Charest gouvernait comme s'il n'avait de comptes à rendre qu'à ses amis. C'était l'époque de l'inutile centrale thermique du Suroît, de la vente contestée du Mont-Orford, des subventions surprises aux écoles juives...

Les Québécois ont réagi en le mettant sous surveillance, et Jean Charest a été forcé de diriger un gouvernement minoritaire pendant une vingtaine de mois. Il a alors pris les moyens pour regagner la confiance des Québécois, profitant aussi de la grande faiblesse de l'opposition officielle constituée à l'époque par les députés de l'Action démocratique du Québec.

Devant les critiques qui se multiplient à nouveau aujourd'hui, on ne peut que se demander si Jean Charest a retenu la moindre leçon de sa première expérience. Majoritaire, le chef libéral traite à nouveau avec une bonne dose de je-m'en-foutisme, les accusations de manquement à l'éthique qui pleuvent sur sa formation politique.

Et plutôt que d'être une référence au chapitre de la rigueur, un exemple dont a cruellement besoin son faible cabinet, il opte pour la stratégie de l'esquive à coups de demi-mesures qui ne leurrent personne.

Bien sûr, toutes les attaques dont les siens font l'objet n'ont pas la même crédibilité. Celles d'un Marc Bellemare qui arrivent de nulle part soulèvent ainsi un certain scepticisme. L'avocat de Québec était ministre de la Justice et procureur général à l'époque où il aurait mis le premier ministre en garde à propos de financement illicite du Parti libéral. Vertueux aujourd'hui, on aurait souhaité qu'il le soit à l'époque où les citoyens lui avaient justement donné les pouvoirs et les moyens de changer les choses. Mais même si son amertume à l'endroit du Parti libéral teinte ses critiques, tout doit être fait maintenant pour qu'il soit entendu.

En attendant, sa charge s'ajoute au reste. Et Jean Charest se retrouve de plus en plus repoussé vers un coin de l'échiquier. Il a beau avoir encore au moins trois bonnes années de mandat devant lui, son fauteuil peut malgré tout devenir assez rapidement très inconfortable.

Les libéraux comptent sur le dépôt du prochain budget dans quelques jours pour faire oublier le dossier de l'éthique. Mais l'opposition ne lâchera pas longtemps ce profitable filon. Il suffit de regarder du côté d'Ottawa où libéraux, bloquistes et néo-démocrates sont revenus à la charge de plus belle sur le dossier des détenus afghans torturés pour comprendre que le budget ne servira au gouvernement qu'à gagner un peu de temps. Même le limogeage du ministre de la Famille, Tony Tomassi, actuellement l'élu le plus menacé du cabinet, ne suffirait pas à calmer le jeu.

La patience des Québécois a ses limites. Jean Charest n'a pas beaucoup d'options pour démontrer que son gouvernement est lui aussi prêt à répondre aux exigences normales de transparence. Car cette fois, la pente pourrait être impossible à remonter pour lui comme pour les siens.

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