Après avoir mis en doute le mode de nomination des juges sur la place publique, l'ancien ministre de la Justice refuse de livrer son témoignage à la commission Bastarache. L'avocat se dégonfle ou ses éléments de preuve s'étiolent? L'ex-ministre libéral assure que ce n'est pas l'envie de témoigner qui manque. Mais voilà, il veut le faire devant une tribune acceptable et non une tribune biaisée comme la commission Bastarache où le premier ministre Jean Charest tirerait les ficelles.
Mais quelle tribune ne serait pas susceptible d'être biaisée aux yeux de maître Bellemare? Il refuse de jouer la bête de cirque à la commission d'enquête car il estime que Michel Bastarache n'est pas indépendant. Il a été choisi par le gouvernement Charest, il est lié à la firme d'avocats Heenan Blaikie qui obtient de nombreux contrats gouvernementaux et dont certains avocats donnent à la caisse électorale du Parti libéral.
Même si M. Bastarache a été juge à la Cour suprême du Canada, même si c'est un juriste respecté et même s'il ne doit pas au Québec son poste dans la magistrature, il est forcément suspect et biaisé pour Marc Bellemare. C'est réducteur et fort démagogique. Un homme perd toute honnêteté intellectuelle, tout sens du devoir et de l'intérêt public parce qu'il est à la tête d'une commission d'enquête? Quel cynisme!
C'est le même homme qui discréditait le travail de Marcel Blanchet comme directeur général des élections. Bien que nommé par l'Assemblée nationale et non par le gouvernement, le DGE ne pouvait accueillir et traiter convenablement les informations avancées par M. Bellemare sur le financement du PLQ.
L'ancien ministre affirme qu'il est prêt à livrer son témoignage devant une commission parlementaire. Des élus libéraux composeraient cette commission. Des élus que le premier ministre et chef de parti, Jean Charest, pourrait bien aussi manipuler, non? Bien sûr, M. Bellemare trouverait une bonne écoute de la part de l'opposition. Il n'est toutefois pas assuré que la commission parlementaire réussirait à faire toute la lumière sur les allégations de l'ancien ministre et scruterait les façons de faire des péquistes.
La commission Bastarache, malgré ses limites, servira mieux les intérêts des Québécois que les interventions partisanes en commission parlementaire. La commission d'enquête ne répondra pas à toutes les questions que se posent les Québécois. Son mandat est trop restreint, nous l'avons déjà indiqué dans cette page. Il faudrait une commission d'enquête plus large sur le financement des partis politiques, l'octroi des contrats publics et l'industrie de la construction pour faire le point sur les allégations de collusion et de trafic d'influence qui circulent depuis des mois.
Jean Charest s'oppose à la tenue d'une telle commission. Il a voulu calmer les esprits en créant la commission Bastarache sur la nomination des juges et l'influence de tierces personnes dans le processus. Il faut profiter de cette petite ouverture. En restant dans le corridor ou en déplaçant sa cause devant la Cour supérieure, M. Bellemare referme la porte et empêche les citoyens et les médias d'en savoir plus.













