On a hâte d'entendre, mardi, le témoignage au Sénat du général David Petraeus, qui remplacera le général Stanley McChrystal comme commandant des forces américaines et de l'OTAN en Afghanistan. Ce dernier a été démis de ses fonctions pour des propos «désobligeants» à l'égard de ses dirigeants politiques, dont le vice-président Joe Biden, dans une entrevue au magazine Rolling Stone.Après tout, le général Petraeus était le supérieur hiérarchique du général McChrystal et il devra expliquer comment il a pu laisser s'accomplir les présumées «dérives» de Stanley McChrystal et l'enlisement de la guerre en Afghanistan. Avant son entrevue à Rolling Stone, les jours du général McChrystal étaient d'ailleurs déjà comptés.
Singulière rivalité et étonnante complicité que celles de ces deux hommes si différents dans leur manière de penser et de faire la guerre.
Le général Petraeus est d'abord un politique. Les mauvaises langues à Washington disent de lui qu'il est en campagne électorale depuis que l'ex-président George W. Bush l'a sorti de l'ombre, en 2006, pour extraire les forces américaines du bourbier en Irak. On lui attribue ce fameux plan dit de «sursaut» (surge en anglais), qui a finalement transformé la déroute apparente en apparence de victoire. Ce revirement en Irak est à ce point porté à son crédit que des républicains le voyaient comme un candidat possible à la présidentielle de 2012, contre Barack Obama. Ce chef militaire a un doctorat en science politique, mais il a fait carrière dans l'infanterie, l'armée de terre combattante par excellence. C'est celle aussi où l'on voit le plus le volet politique de la guerre, dans des conflits comme celui de l'Afghanistan, mais aussi en Irak - après en tout cas la chute de Saddam Hussein -, et qui nourrit le plus naturellement des ambitions politiques.
En fait, la réputation du général Petraeus sur l'Irak est peut-être surestimée. Son grand fait d'armes est politique : il a conclu le premier accord avec les insurgés sunnites. En ce qui concerne les chiites, il a transigé avec le plus radical d'entre eux, Moqtada Al-Sadr, le chef de l'armée du Mahdi. Ses deux seuls mots d'ordre sont de diviser l'ennemi et de s'adapter aux circonstances quand elles échappaient à son contrôle.
Tout autre est le général McChrystal, qui a fait carrière avec les parachutistes et les forces spéciales, un monde très à part dans l'appareil militaire américain et la chaîne de commandement, où l'expertise technique est plus ample que dans les autres branches des forces armées. La réalité du terrain, c'est d'abord ce qui compte. Son grand fait d'armes est la traque et la mise à mort du chef d'Al-Qaida en Irak, Abu Mussad Al-Zarqawi, en 2006, sans laquelle les grandes manoeuvres du général Petraeus n'auraient peut-être pas été possibles, et dont le souvenir dicte «sa» stratégie, notamment dans la région de Kandahar.
Les forces spéciales du général McChrystal étaient si secrètes que le Pentagone préférait nier leur existence. Dur coup sans doute pour l'ego du général McChrystal, connu par ailleurs pour son franc-parler, ce qui lui a d'ailleurs valu d'être désiré par les alliés de l'OTAN comme «leur» commandant.
Il disait à haute voix ce que les chefs militaires plus «politiciens» préféraient taire, en tout cas relativement à leurs intérêts nationaux dans «leur» guerre en Afghanistan, notamment en ce qui concerne la date butoir du 1er juillet 2011, pour le début du retrait des troupes américaines. On n'en a que plus hâte d'entendre le général Petraeus.













