Mal de bloc à Toronto

Raymond Giroux
Le Soleil

Les grands sont partis, et Toronto s'est réveillée avec un beau mal de bloc au lendemain de la rencontre du G20. Non pas qu'il y ait eu violences majeures, blessures et accidents sérieux dans les rues de la capitale ontarienne.

Nous avons vu pire à Québec, au Sommet des Amériques, gracieuseté de ce même Black Bloc qui s'est offert un voyage organisé dans la Ville reine, en fin de semaine dernière.

Il y a eu des dégâts matériels, et les manifestants auraient trompé la vigilance des policiers en s'éloignant de la clôture de sécurité plutôt que d'y lancer un assaut frontal et tenter de la jeter à bas.

Hier, policiers et défenseurs des libertés civiles défendaient chacun leur cause. Le chef de police a exposé sa collection d'armes offensives devant les caméras, tout en reconnaissant que certaines d'entre elles, notamment une scie à chaîne, n'avaient rien à voir avec le G20.

Alors, que faisaient-elles là, sinon impressionner un public crédule? Mystère, qui jette un peu de discrédit sur une organisation qui présentait pêle-mêle des casques de vélos, des vaporisateur de peinture et de l'équipement de hockey comme des armes sinon de destruction massive, du moins menaçantes pour la sécurité publique.

Le chef Bill Blair n'a pas mâché ses mots envers les «bandits» et les «voyous» qui ont envahi sa ville à partir de vendredi dernier. Il parle de plusieurs centaines de personnes rassemblées dans une «conspiration criminelle» alimentée par les médias sociaux.

Comme complot, on a déjà vu plus subtil : «twitter» sa stratégie et ses lieux de rendez-vous dépasse la définition du secret, et ces gens qui protégeaient les casseurs savaient bien que les policiers se tenaient à l'écoute.

M. Blair a raison sur un point : quand j'entends des groupes dire qu'ils respectent la «diversité» des modes de protestation, l'expression est connue depuis des années.

Loin de dénoncer la violence, ils l'encouragent. Et donnent mauvaise réputation au droit légitime de manifester publiquement son désaccord avec telle ou telle politique.

Qu'ils ne viennent pas pleurer le lendemain matin en criant à l'injustice, ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, en couvrant sciemment l'action d'un groupuscule de casseurs.

Neuf cents arrestations, la plupart des personnes ensuite libérées sans aucune accusation, voilà toutefois un bilan qui dérange.

Visiblement, les policiers avaient décidé de balayer large.

Brûlez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens, disait-on lors des guerres de religion en France. Ce qui se traduit par : arrêtons-les tous, et on verra plus tard. Intimidation, brutalité, arbitraire, dit l'Association canadienne des libertés civiles.

Ces détentions préventives massives débordent le cadre du raisonnable. Tout comme la désormais fameuse «loi secrète» de Dalton McGuinty étendant, disait-on, le périmètre de sécurité de cinq mètres au-delà de la clôture.

Annoncée sur un site Internet du gouvernement, cette réglementation sera publiée dans la Gazette de l'Ontario, le journal officiel du gouvernement, seulement samedi prochain.

Un peu tard pour les fautifs, de toute évidence.

Et qui, je vous le demande, s'enquiert des aléas de la loi sur la Protection des ouvrages publics, qui a servi de prétexte à cet abus de pouvoir?

Le gouvernement attribue cette entorse à la démocratie à une demande des policiers. En effet, M. Blair a avoué que la loi du «cinq mètres» n'était qu'une invention pour chasser les curieux, le texte officiel n'en faisant jamais mention.

Ce manque de limpidité justifie une enquête indépendante.

publicité

publicité

la liste:246:liste;la boite:267:box

Aujourd'hui sur Lapresse.ca

Précédent

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Les plus populaires sur Auto

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

image title
Fermer