C'est bien beau de répéter que l'éducation est prioritaire et que le développement économique et social repose sur celle-ci. Or, les mots et les énoncés de principes ne suffisent pas. Ils n'amènent pas plus d'étudiants à la maîtrise et au doctorat, ils n'attirent pas les meilleurs professeurs sur nos campus et ils ne modernisent pas les laboratoires.
Il est porteur pour une société de croire aux vertus de l'éducation et de la formation continue. Mais, il faut aussi disposer de ressources matérielles et humaines suffisantes et de qualité pour faire réellement de l'éducation une priorité. C'est cette étape cruciale que les élus et les dirigeants du milieu de l'éducation et des affaires doivent avoir le courage de franchir cet automne.
Évitons de retomber dans la procrastination. La Conférence des principaux et recteurs des universités du Québec évalue qu'il lui manque 375 millions $ pour supporter la concurrence des universités canadiennes et étrangères. Le gouvernement Charest a annoncé dans son dernier budget que les droits de scolarité seront de nouveau majorés à compter de 2012. De combien et de quelle façon? Les libéraux demandent l'aide de ses partenaires de l'éducation pour le déterminer.
Conscient qu'une hausse des droits de scolarité ne solutionne pas totalement le problème de sous-financement et qu'elle peut même décourager des personnes à franchir les portes de l'université ou de certaines facultés, le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, suggère d'aller puiser dans les poches des entreprises et non seulement dans celles des étudiants et de leurs parents.
Sa proposition, certes audacieuse, a aussitôt été rejetée par la Fédération des chambres de commerce, le Conseil du patronat et l'Action démocratique du Québec. Les entreprises québécoises sont déjà trop taxées, ont-ils répliqué. Le PQ reçoit pour sa part cette hypothèse avec prudence, mais soutient par ailleurs qu'il faut éviter de refiler une facture trop salée aux étudiants.
Les partenaires de l'éducation ont-ils l'intention de faire du surplace comme lors des autres rencontres et forums organisés pour discuter du financement de l'enseignement postsecondaire depuis 2004? Si personne n'accepte de revoir ses positions, nos universités risquent de se faire damer le pion, et tout le monde ici en sortira perdant. Les étudiants, les dirigeants et le personnel des universités et des centres de recherche, les entreprises et l'ensemble de la société.
À l'instar du recteur Brière, nous ne croyons pas que seule une hausse des droits de scolarité éliminera le sous-financement des universités. Il faut certes avoir une gestion serrée, mais il semble incontournable d'ajouter d'autres fonds publics et privés. Est-il opportun et rentable à long terme d'allouer une plus grande part du budget à l'éducation et de délaisser d'autres missions? Est-il nécessaire de hausser les impôts et les taxes des contribuables et des entreprises pour pouvoir refiler plus d'argent aux universités? Une taxe spécifique aux entreprises pour la formation est-elle plus facile à vendre et mobilisatrice qu'une hausse d'impôt? Comment accroître les dons provenant du secteur privé?
Il faut avoir le courage politique de se poser ces questions et de fournir des réponses claires sans risquer d'être à nouveau paralysé par un échéancier électoral.










