Démonstration superflue

Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Le gouvernement a payé 24  millions  $ de plus en 2008-2009 parce que des soins de santé ont été dispensés par des infirmières d'agences privées plutôt que par du personnel syndiqué de ses établissements. Malgré tout, les syndicats d'infirmières doivent prendre la voie des tribunaux pour faire la démonstration que le recours aux agences est malsain pour le système public et coûte cher à l'État. C'est aberrant.

L'argument voulant que le réseau de la santé ne peut fonctionner très longtemps et de façon optimale avec deux types d'infirmières et deux types de conditions de travail est pourtant convaincant.

À ancienneté égale, le salaire diffère pour le même travail si l'infirmière est embauchée par l'hôpital ou par l'agence. Une assure la continuité des soins auprès des patients d'un département et l'autre peut changer d'assignation, voire d'établissement, chaque jour. L'une doit accepter de travailler la nuit et les fins de semaine et l'autre peut passer tous les samedis et tous les dimanches de l'année auprès de sa petite famille. L'une doit rester huit heures de plus au chevet des patients même si elle a terminé sa journée de travail, tandis que l'autre peut partir sans souci après son quart.

Comment penser obtenir une bonne organisation du travail et un climat de travail harmonieux en faisant cohabiter deux régimes? Comment réussir à maintenir des infirmières dans le réseau public si elles voient quotidiennement que la tâche serait moins lourde et moins contraignante si elles travaillaient pour une agence privée et non directement pour l'hôpital?

Au printemps, le tableau de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec comptait 70 587 membres, un sommet. Les établissements publics de santé éprouvent pourtant encore des difficultés à combler leurs besoins parce que 7500 infirmières préfèrent travailler dans le secteur privé où elles retrouvent de meilleures conditions de travail. Les établissements de santé se tournent donc de plus en plus vers le privé pour dénicher du personnel. Et comme la tâche s'alourdit dans le public, des infirmières partent pour le privé, prennent leur retraite ou changent tout simplement de boulot.

Il faut mettre fin à cette spirale, et l'amélioration de l'organisation et des conditions de travail des infirmières du secteur public est la meilleure façon. Elle est plus prometteuse que la voie des tribunaux.

Des syndicats ont déjà obtenu des décisions favorables. Par exemple, dans le Bas-Saint-Laurent, la Commission des relations du travail et la Cour supérieure ont reconnu que des infirmières d'agences privées travaillant sur une base régulière étaient assujetties à l'accréditation syndicale du Centre de santé et de services sociaux de La Mitis, leur véritable employeur. Les infirmières ayant refusé de réintégrer le CSSS, ce fut le retour à la case départ, donc à la pénurie.

Dans une requête déposée cette semaine en Cour supérieure, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), le plus gros syndicat d'infirmières, joue pour sa part la carte du contrôle de la qualité et de la continuité des soins prévu dans la Loi sur la santé et les services sociaux.

Encore là, qu'importe la décision de la cour, syndicat et gouvernement n'auront pas le choix de prendre des actions pour attirer et pour retenir les infirmières dans le réseau public. Et ce, autant dans l'objectif d'assurer une continuité des soins que dans celui de contrôler les coûts de la main-d'oeuvre.

La FIQ et Québec n'ont pas réussi à s'entendre sur les termes d'un nouveau contrat de travail. Même si la CSN et la CSQ ont conclu des ententes pour leurs infirmières, le gouvernement ne doit pas imposer un règlement à la FIQ et à ses 60 000 membres. Un coup de force risquerait de démobiliser davantage les infirmières du secteur public et de les inciter à frapper à d'autres portes.


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