Du point de vue des collègues, des adversaires, des journalistes et des commettants qui ont côtoyé Claude Béchard, c'est le député et ministre intense, dévoué et attachant qui est pleuré aujourd'hui.
S'il serait exagéré de soutenir que le représentant de Kamouraska-Témiscouata aura marqué l'histoire du Québec par ses réalisations, il ne l'est pas par contre d'affirmer qu'il a marqué les coeurs par sa passion pour la politique, par son respect pour ceux qui s'y consacrent et par son courage serein devant la mort annoncée.
Il fallait en effet qu'il soit passionné pour revenir à l'Assemblée nationale au cours des derniers mois, alors qu'il admettait presque ouvertement qu'il pouvait difficilement gagner l'ultime bataille dans laquelle il était engagé.
Il fallait aussi qu'il aime ce monde parlementaire avec lequel il avait partagé luttes électorales, débats, négociations, jeux de coulisse et franche camaraderie pour venir vivre avec lui, dans une intimité forcément publique, ce qu'il savait être ses dernières semaines.
Et il a enfin donné toute une leçon de vie à ceux qui ont été tentés de s'apitoyer sur son sort et qu'il a rassurés en affirmant avec ce large sourire caractéristique qu'il était heureux d'être là et qu'il ne voyait pas meilleure façon de profiter du moment en cours que de venir représenter les siens à l'Assemblée nationale.
La douloureuse disparition de Claude Béchard devrait d'ailleurs devenir une matière à réflexion pour tous ceux qui alimentent l'intarissable cynisme actuel à l'égard de toute la classe politique. Elle nous rappelle qu'il faut des femmes et des hommes pour nous représenter, pour veiller au bien commun et défendre l'intérêt collectif. Or, pour l'un d'eux qui jette le discrédit sur la fonction, il y a en a des dizaines comme Claude Béchard qui, plus ou moins dans l'ombre, se dévouent quotidiennement, au meilleur de leur talent.
















