Qu'était-il donc arrivé à ce nouvel immigrant d'origine italienne, étudiant à la maîtrise en économie, engagé dans son milieu et dans le milieu artistique, sportif et apprécié de son entourage, pour qu'il se retrouve en prison et qu'il y meure?
Qu'est-ce qui ne va pas dans le système judiciaire de la ville de Québec, pour qu'une personne sans antécédents judiciaires, non violente, de toute évidence dans un état perturbé puisse être appréhendée, passée d'une instance à l'autre comme une chose dont on ne sait pas trop quoi faire, sans que personne prenne ses responsabilités et lui fasse prodiguer les soins médicaux dont elle a besoin? Quand on l'a finalement admis à l'hôpital, il était trop tard.
Des questions sans réponse
Un an après, plusieurs questions demeurent sans réponse. Le chef de police Serge Belisle soutenait la semaine dernière que Claudio n'a reçu qu'une seule décharge électrique en provenance d'un pistolet Taser, même si l'arme a été utilisée à trois ou quatre reprises lors de son arrestation. Pour nous, c'est une décharge de trop !
Le 22 août dernier, 11 mois après les faits, une conférence de presse, convoquée la veille du très médiatisé spectacle de Céline Dion à Québec, annonce qu'aucune accusation criminelle ne sera portée contre les policiers et les agents correctionnels impliqués dans son arrestation ou sa détention.
La couronne a beau juger qu'il n'y a pas matière à poursuite criminelle dans cette affaire, nous croyons que les questions soulevées ici se situent davantage au niveau de l'éthique, des pratiques policières et des rouages du système, ce qui n'est certainement pas prévu au code criminel.
Cet état de détresse peut arriver à n'importe qui
L'état de détresse dans lequel se retrouvait Claudio peut arriver à n'importe qui à un moment ou l'autre de notre vie. Comment, comme société, devons-nous répondre à un de nos concitoyens en détresse. «De l'aide, pas la morgue» réclame de façon cinglante le slogan de notre marche citoyenne. Nous réclamons un peu d'humanité dans nos réponses à ces situations et nous sommes en droit de nous attendre à ce que nos institutions publiques, tout comme les politiciens qui nous représentent, en soient le reflet.
Nos démarches ne visent qu'à rétablir le lien de confiance entre les citoyens, les corps policiers et l'appareil judiciaire. Un certain nombre de demandes ont été adressées au ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, pour corriger la situation. Nous demandons un moratoire sur l'usage du taser et la mise en place d'une entité indépendante lorsqu'un policier est visé par une enquête criminelle. Puisque que la décision est imminente, nous demandons enfin et surtout la tenue d'une enquête publique du coroner pour que toute la lumière soit faite sur les circonstances entourant le décès de Claudio Castagnetta. Tant et aussi longtemps que nous n'aurons pas réponse à nos questions, le 20 septembre de chaque année sera une date commémorative à la mémoire de Claudio Castagnetta et nous nous chargerons de le rappeler aux principaux intéressés.
Quelques mois avant sa mort, Claudio nous avait annoncé fièrement qu'il était devenu citoyen canadien. Il ne se doutait pas que son pays d'accueil allait le laisser mourir sans assistance dans les méandres de son système judiciaire, au lieu de lui permettre de participer activement à sa vie économique et sociale. Claudio ne demandait que ça.
*Les auteurs sont respectivemendt une collègue de travail de Claudio Castagnetta et directeur d'AGIR en santé mentale










