Infrastructures : l'Ordre des ingénieurs veut un contrôle plus rigoureux

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Infrastructures : l\'Ordre des ingénieurs veut un contrôle plus rigoureux

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La ministre des Transports, Julie Boulet

Photo: David Boily, La Presse

 

Zaki Ghavitian, ing., président, Ordre des ingénieurs du Québec

Deux années se sont écoulées depuis l'effondrement du viaduc de la Concorde. Bien des gens se demandent si nous sommes maintenant à l'abri d'une autre catastrophe de ce genre. Nous le sommes davantage, certainement, mais il reste encore beaucoup à faire pour s'assurer, à terme, qu'une telle catastrophe ne survienne plus jamais.

Dans ce but, l'Ordre des ingénieurs du Québec a activement participé aux travaux de la Commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde (Commission Johnson) et a formulé un ensemble de recommandations, en insistant particulièrement sur la gestion des infrastructures. Pratiquement toutes ces recommandations ont été reprises par la Commission et, dès le lendemain, par la ministre des Transports qui annonçait du même souffle la création de l'Agence de gestion des structures routières du Québec.

Le gouvernement devait réagir rapidement et il s'est donné des moyens importants pour le faire. La capacité portante des ouvrages sur lesquels le ministère pouvait avoir des doutes a été recalculée; bon nombre ont été remplacés, sont en voie d'être réparés ou sont simplement fermés. Un nombre élevé de chantiers ont surgi aux quatre coins de la province et cet élan se maintiendra certainement plusieurs années encore. Il faut cependant que toute cette activité soit efficace. En particulier, il faut s'assurer que les ouvrages soient bien construits ou bien réparés et que les plans et devis des ingénieurs soient suivis à la lettre.

Il faut également veiller à ce que tous les changements et modifications normalement apportés pendant la construction ne remettent pas en question le niveau de sécurité et l'intégrité de ces ouvrages. La surveillance des chantiers par des ingénieurs, ou sous leur supervision directe, doit être obligatoire.

Et c'est là que le bât blesse. Rien n'oblige un constructeur à recourir aux services d'un ingénieur pour assurer la surveillance d'un chantier de construction. Cette situation doit être corrigée le plus rapidement possible, comme l'Ordre l'a souligné aux audiences de la Commission Johnson et répété à maintes reprises aux autorités gouvernementales.

L'Ordre ne doute pas que le ministère des Transports prévoit la surveillance des chantiers dont il a la responsabilité. Il faut cependant s'assurer, par une loi, que tous les propriétaires et gestionnaires d'infrastructures publiques, notamment les municipalités et les entreprises privées, agissent de la même manière.

Ensuite, il faut faire en sorte que la surveillance soit efficace. Les ingénieurs responsables de chantiers doivent prévoir une surveillance complète. Des attestations de conformité doivent être établies pour toutes les phases critiques de la construction. Les ressources sont limitées, les besoins criants, mais c'est une condition essentielle de sécurité et de confiance.

À ce sujet, l'Ordre prône la mise en place ? par les propriétaires et gestionnaires d'infrastructures publiques ? de systèmes permettant de retracer la nature et les responsables de tous les actes professionnels d'ingénierie effectués sur un ouvrage tout au long de son cycle de vie, de la conception originale jusqu'à la fin de sa vie utile.

Au lendemain du dépôt du rapport de la Commission Johnson, en octobre 2007, la ministre des Transports s'était engagée à mettre en oeuvre cette recommandation de traçabilité dans le cadre de la création de l'Agence des structures routières du Québec. Il en était de même pour d'autres mesures tout aussi importantes, notamment la transparence sur l'état exact des structures routières. C'est une condition essentielle pour restaurer la confiance du public. Il importe de donner suite sans tarder au projet de création de l'Agence des structures routières du Québec.

Cela permettra de doter le Québec d'un organisme qui rassemblera et développera l'expertise en conception, en inspection et en entretien de structures routières, en plus d'adopter un mode de gestion à long terme de ces actifs essentiels à notre société.

La remise à niveau de notre réseau routier est une tâche colossale et il semble que le gouvernement l'ait compris, en prévoyant des fonds spéciaux sur une période de quinze années. Nous devons cependant nous donner les outils et les moyens pour bien encadrer cet effort, afin que ce grand projet de société soit un succès.

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