Il n'y a pas de Francophonie sans l'Afrique, disait le président Mitterrand et le secrétaire d'État français à la Francophonie, M. Alain Joyandet, a dit récemment que sans l'Afrique, la Francophonie n'a pas d'avenir. Pour redynamiser la Francophonie, nous pensons qu'il faut renforcer les relations entre l'Afrique, la France et le Canada, surtout le Québec et le Nouveau-Brunswick, dont la Francophonie fait partie de leur identité.
Une rue en hommage à Mathieu Dacosta
Je suis heureux d'avoir été à la base de la nomination bientôt par la ville de Québec d'une rue en hommage à Mathieu Dacosta, compagnon interprète noir de Samuel de Champlain, lors de la création de Québec il y a 400 ans. C'est un pas vers une nouvelle orientation de la Francophonie internationale qui s'enracine dans une histoire commune vieille de 400 ans, mais souvent oubliée et qui prouve encore le dynamisme et l'esprit d'innovation du maire Régis Labeaume. Mathieu Dacosta était originaire de l'Afrique, continent où l'on trouve le plus grand nombre de Francophones au monde.
Si la France se considère encore comme une grande puissance, c'est tout simplement parce qu'elle peut compter sur une vingtaine de ses anciennes colonies en Afrique avec lesquelles elle a gardé des bonnes relations. Mais la Francophonie internationale en Afrique ne se limite pas à des ex-colonies françaises. Selon l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Congo-Kinshasa une ancienne colonie belge est le deuxième pays francophone du monde, avec vingt-cinq millions de francophones sur une population de 65 millions.
Le gouvernement du pays estime le nombre de francophones à plus de 40 millions en se basant sur le fait que le pays est l'un des plus alphabétisés du continent. Le Congo est une terre des grandes civilisations malgré son chaos actuel dû à une guerre absurde qui a fait plus de cinq millions de morts à cause de l'incompétence et de l'inconscience de sa classe politique et de la folie des grandeurs des dirigeants des petits pays voisins dont le Rwanda.
Un système de calculs de 8000 ans
En 1958, des chercheurs belges ont découvert à Ishango, à l'Est du Congo, deux morceaux d'os sur lesquels était gravé un système de calcul vieux de plus 8000 ans, qui est considéré aujourd'hui comme le plus ancien du monde et qui aurait été transmis à l'Égypte ancienne par le Nil pour servir dans la construction des pyramides. La civilisation d'Ishango s'est plus tard intégrée au monde qui a donné naissance au Swahili la plus importante langue autochtone africaine parlée par plus de cent trente millions de personnes et dans laquelle la grand-mère du candidat présidentiel américain Barack Obama écoute les exploits de son petit-fils sur les ondes de la Voix de l'Amérique.
À l'Ouest du Congo, le Royaume du Congo fut le premier État d'Afrique noire à établir des relations diplomatiques avec l'Europe, notamment avec le Portugal et le Vatican. En 1518, Don Henrique Nzinga le fils du roi du Congo fut ordonné évêque à Rome par le Pape Léon X de la puissante famille Médicis, qui entretenait déjà des relations économiques avec le Congo en important des tissus et des objets en ivoire.
Le compagnon de Champlain venait du Congo
On pense aussi que Mathieu Dacosta compagnon interprète noir de Samuel de Champlain lors de la création de la ville de Québec était originaire du Royaume du Congo, qui comprenait une partie du Congo Brazzaville, du Congo Kinshasa, de l'Angola et du Gabon actuels comme d'ailleurs une certaine Angela reconnue aujourd'hui comme la première personne noire arrivée dans l'actuel territoire des Etats-Unis d'Amérique en 1607.
Le gouvernement du Canada, par le ministère du Patrimoine canadien, a honoré la mémoire de Mathieu Dacosta en créant un programme «Le défi Mathieu Dacosta» pour sensibiliser les jeunes au caractère multiethnique du pays depuis sa fondation. Mathieu Dacosta bénéficie aussi d'une inscription à l'habitation du lieu historique national du Canada à Port-Royal, dans la province de Nouvelle-Écosse. Le gouvernement du Canada affirme aussi que M. Dacosta a favorisé, par son professionnalisme comme interprète, de premiers contacts harmonieux entre les Français et les Amérindiens.
Devenus esclaves, des ressortissants du Royaume du Congo ont créé à Congo Square, à la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, aux États-Unis, les bases de la musique américaine moderne en mélangeant les rythmes africains aux cantiques chrétiens. C'est aussi à Kinshasa et à Brazzaville que s'est développée la musique africaine moderne dans les années 1960 et un rite catholique spécifique agréé en 1986 par le pape Jean-Paul II pour le plus important pays catholique d'Afrique.
Le Congo dispose du plus grand potentiel économique de toute l'Afrique, dont le potentiel hydro-électrique sur le site d'Inga le plus important du monde déjà convoité par des entreprises québécoises.
D'autres pays francophones
Le troisième pays francophone du monde est l'Algérie. Même si elle n'est pas membre de l'OIF, l'Algérie, terre d'origine de Saint Augustin le plus grand penseur chrétien et occidental, confrontée actuellement à l'islamisme, utilise de plus en plus le français que le président Bouteflika considère comme un butin de guerre. Il faut noter que des entreprises québécoises comme SNC Lavalin Dessau-Soprin ont en Algérie des contrats estimés à plusieurs milliards de dollars.
La Côte-d'Ivoire est le quatrième pays francophone du monde et le Maroc et le Cameroun sont parmi les dix premiers. Il faut aussi signaler que l'Afrique a participé à l'expansion de la Francophonie en y intégrant des pays de langue espagnole ou portugaise comme la Guinée équatoriale, la Guinée Bissau, le Cap Vert et peut-être bientôt l'Angola, un pays beaucoup plus important.
Ce qui fait dire à plusieurs spécialistes que l'avenir de la Francophonie se joue dans une Afrique que ne peuvent pas ignorer longtemps les francophones du Canada à l'avant-garde de la défense de la Francophonie en Amérique du Nord (...)
Contribuer davantage à TV5
S'ils tiennent à leur influence dans la francophonie internationale, le Québec et le Canada doivent contribuer financièrement à TV 5 plus que la Belgique et la Suisse réunies. Il faut que le Québec se rende compte de l'importance de la Francophonie, la seule organisation internationale où il a rang de gouvernement participant, ce qui lui ouvre des portes de certains gouvernements comme d'ailleurs au Nouveau-Brunswick qui a une expertise appréciée pour des petits projets en Afrique.
Il est temps de se souvenir que l'année passée, le premier ministre Charest avait eu de la peine à se faire recevoir par un simple ministre britannique alors qu'il venait de rencontrer le premier ministre français. Il faut aussi se rappeler que la francophonie internationale est financièrement rentable si l'on se souvient des milliards de dollars des entreprises québécoises en France et dans des pays d'Afrique francophone comme l'Algérie, le Cameroun et peut-être plus tard au Congo quand ce pays sera redevenu normal.
Des entreprises québécoises comme Cima , SEMAFO et Lambert Somec ont créé même de véritables amitiés à l'Afrique. M. Jean-Louis Roy, ancien secrétaire général de ACCT, ancêtre de l'Organisation Internationale de la Francophonie a récemment dit qu'il faut que les francophones du Canada se rendent compte qu'en aidant l'Afrique à se développer, ils contribuent au rayonnement de leur propre langue dont l'avenir se joue sur ce continent. On peut souligner le travail de syndicats comme la FTQ, la CSN et la CSQ et des collèges comme le collège de Maisonneuve, le collège Edouard-Montpetit, le collège de Trois-Rivières et le collège Merici.
Régler le cas de TV 5 et créer une nouvelle dynamique de coopération entre le Canada, la France et l'Afrique, en aidant le Congo à se doter d'un gouvernement responsable et efficace et d'un système économique performant inspiré des instruments et la Révolution tranquille québécoise, en créant à Montréal ou à Québec un centre de recherche et d'informations sur l'Afrique, le monde arabe et l'islam pour éliminer les préjugés et en honorant la mémoire de Mathilde Dacosta par une rue comme vient de la faire la ville de Québec et un monument peuvent faire du Sommet de la Francophonie de Québec un nouveau départ pour la francophonie internationale.











