Monsieur Christian Goulet, président de la Chambre de commerce de Québec, membres du conseil d'administration de la Chambre, collègues élus de la Ville de Québec, des gouvernements provincial et fédéral, invités de la table d'honneur, chers amis.
Je souhaite, en commençant, souligner la présence de trois de mes invités d'aujourd'hui, trois personnes qui ont bâti cette ville et lui ont donné sa modernité, messieurs les maires Gilles Lamontagne, Jean Pelletier et Jean-Paul L'Allier.
Il y a maintenant un an, vous m'avez élu maire de votre ville. Depuis un an, je me suis principalement employé à gérer des urgences et des situations inédites à Québec, c'est-à-dire :
- donner un coup de barre dans les Fêtes du 400e dont l'organisation vivait de
grandes difficultés;
- être l'hôte et vivre ces fêtes qui ont occupé mon agenda pendant des mois;
- composer avec un record de neige qui a mis à mal les finances publiques;
- gérer un accroissement record du déficit annuel des fonds de pension des
employés de la ville de plus de 350 M$;
- et trimer dur dans une première négociation avec les employés de la Ville, où c'est celle-ci qui est en demande, du jamais vu dans l'histoire des relations patronalessyndicales à Québec.
Cela dit, une année, quand même, où nous avons rempli la plupart de nos engagements, et où j'ai pu alimenter mes convictions sur la direction que doit prendre cette ville pour l'avenir. Permettez-moi un premier constat sur notre santé économique.
Les chiffres démontrent clairement que les gens d'affaires de Québec insufflent un dynamisme soutenu à notre ville et à notre région. Grâce à ce dynamisme, notre économie s'est diversifiée et n'est plus tributaire de la fonction publique.
Le taux de chômage avoisine encore le plein emploi, à 4,8%, comparativement à des taux de 7,4% pour le Québec et de 6,1 % pour le Canada. La croissance de notre PIB régional - la richesse que nous produisons - selon les dernières statistiques connues avant les annonces sur la récession, demeurait supérieure à la moyenne québécoise et canadienne, 2,9% ici contre 2,2 % au Québec et 2,7% au Canada. Québec a le troisième plus haut taux d'occupation des immeubles à bureaux au
Canada.
Finalement, le revenu personnel par habitant - un indicateur de richesse extrêmement révélateur - a augmenté de près de 9% (8,9%) depuis les deux dernières années. C'est un phénomène nouveau puisque ce qui nous caractérise, et je l'ai souvent répété, c'est que nous avons toujours bien vécu, mais nous n'avons jamais été vraiment riches dans les récentes décennies. Ces excellents résultats inscrits à notre bulletin économique ont toutes les raisons de nous rendre fiers de ce que nous accomplissons.
Par ailleurs, en cette année de festivités, nous avons aussi célébré toutes les raisons du monde d'être fiers de ce que nous sommes. Comme vous le savez, dans 15 jours, nous refermerons le livre de notre grande et riche histoire des 400 dernières années de cette ville que nous aimons tant.
L'année 2008, pour les gens de Québec, a été extraordinaire à plusieurs égards. Bien sûr, nous avons démontré au Québec, au Canada et - j'ose le dire - au monde entier, que nous sommes capables d'organiser de grands événements hautement créatifs.
Bien sûr, nous avons fait la preuve que Québec est une grande ville, moderne, belle et fière. Cette année, nous avons nous-mêmes redécouvert notre ville, comme l'ont aussi fait des centaines de milliers de visiteurs. Nous sommes devenus «the talk in town» à l'extérieur de Québec, et plusieurs ont ravalé des paroles indélicates souvent répétées à notre égard. Cela étant dit sans rancune par ailleurs...
Un immense cadeau
Mais, plus important que tout, nous nous sommes donnés à nous-mêmes un immense cadeau : nous avons retrouvé notre confiance en nos moyens, nous nous sommes donnés une fierté renouvelée.
Notre défi, à partir de maintenant, c'est de poursuivre sur cette lancée et de regarder l'avenir avec confiance. Nous permettre d'imaginer de grands projets, même les plus fous. Mais pour cela, nous devons regarder le futur avec une vision claire, qui porte loin et qui suscite l'adhésion.
Ce midi, j'aimerais vous inviter à faire un saut, avec moi, vers l'avenir de cette ville. J'aimerais vous expliquer ce que nous pouvons nous permettre, dans les 15 prochaines années, pour faire grandir cette ville.
Je veux que nous imaginions le projet collectif que nous pouvons réaliser ensemble, à Québec, au cours des 15 prochaines années. Québec a reçu beaucoup de legs en 2008. À partir de 2009, nous allons travailler sur un legs fondamental, celui que nous laisserons à notre jeunesse.
En tant que maire de Québec, je ne veux plus être identifié à la Vieille Capitale, je veux que pour la jeunesse de partout, Québec devienne une expérience de vie: l'Expérience Québec.
Pour ce faire, il est temps à Québec de rajeunir les mentalités, de rajeunir notre démographie et de rajeunir notre économie. Le maître mot de ce grand projet de rajeunissement est : l'investissement. Pour simplifier, je dirais: l'investissement dans les infrastructures et l'investissement dans les individus.
La plus attrayante et performante
En fait, je veux rénover la ville, je veux la dynamiser. Nous allons lancer un grand chantier de rénovation et de développement de nos infrastructures urbaines, et nous allons nous attaquer, avec une vigueur inédite, à un nouvel objectif de développement: l'attraction et la rétention des talents. L'objectif ultime de ce plan est de faire de Québec la ville la plus attrayante et la plus
performante du Canada.
Et je réponds immédiatement aux sceptiques, s'il y en avait. Quelle a été la ville la plus attrayante au pays en 2008? Et pourquoi ne pourrait-elle pas le demeurer dans l'avenir? Quant à la performance, cela s'organise avec labeur et intelligence.
Ce qui s'est passé cette année arrive rarement dans la vie d'une communauté : la découverte, le plaisir et la fierté. Mais à partir de maintenant, il est impérieux de ne pas laisser cette vague se casser. À l'Hôtel de ville de Québec, nous avons pris la décision d'investir dans notre cité. Nous croyons, comme vous tous et toutes, que les investissements génèrent des bénéfices.
Il s'agit d'une nouvelle vision entrepreneuriale dans cette auguste institution! Plus question de tabler seulement sur notre vieux gagné, ou sur la beauté naturelle de notre ville. La compétition entre les villes est mondiale et féroce; personne ne nous fera de cadeaux, alors nous passons à l'action en vitesse accélérée.
Comment ferons-nous cela maintenant? Vous le savez plus que quiconque, pour investir il faut disposer d'une marge de manoeuvre. Tout d'abord, à Québec, il est devenu impératif de reprendre le contrôle de la masse salariale municipale.
Entre le moment des fusions en 2002 et l'année 2007, soit en cinq ans, la masse salariale de la Ville a augmenté de près de 40 %, alors que normalement toute fusion exige de rationaliser. Alors, notre première tâche est de stopper l'inflation sans fin de ce principal poste de dépense de la Ville, et de contrôler absolument sa progression.
Les augmentations de la masse salariale ont connu des hausses trop importantes depuis les fusions. Nous avons freiné cette hausse à 3,4 % en 2008, et ce, même avec les conventions collectives existantes, et elle sera d'à peu près 2 % l'an prochain, soit à un niveau normal se rapprochant de l'inflation.
Moderniser l'administration municipale
Nous devons également moderniser l'administration municipale. Nous allons la rendre plus flexible et plus efficace, plus orientée vers le client. Nous allons passer d'une administration fonctionnelle à une administration performante. Nous avons donné cette année à la Ville de Québec son premier plan quinquennal de main-d'oeuvre 2008-2012. Ce plan nous permettra, entre autre chose, d'économiser plus de 35 millions de dollars sur cinq ans, par l'abolition d'un poste de retraite sur deux, soit environ 500 postes dans l'administration.
Durant les trois années suivant les fusions, plus de 400 employés ont été embauchés. À la fin de notre programme de réduction de personnel de cinq ans, nous nous rapprocherons, après dix ans, du nombre d'employés existant lors de l'année de ces fusions, incluant évidemment l'ajout de personnel attribuable à l'augmentation de la population et de la richesse.
Nous ne pourrons pas continuellement couper des postes; la ville progresse, de nouveaux habitants s'y installent, exigeant ainsi de nouveaux services. Nous voulons devenir performants dans la dotation de ces services, et donc notre objectif sera de compter aux alentours de dix employés par 100 M$ de richesse foncière uniformisée, soit deux fois moins que lors des fusions.
Depuis mon élection, j'ai mis sur pied 24 chantiers qui ont tous comme mandat de moderniser les façons de faire de la Ville. À terme, nous devrons, entre autre, connaître les prix de revient de nos activités, et posséder des tableaux de bord pour suivre ces mêmes activités comme toute
entreprise moderne le fait.
L'objectif ultime est de nous assurer que les contribuables de Québec sentent que nous sommes en contrôle, et qu'ils en ont pour leur argent. Ces chantiers ont déjà commencé à donner des résultats, et seront terminés le 31 mars prochain.
Un autre exemple: nous allègerons le parcours que le contribuable doit emprunter lorsqu'il fait une demande de permis. En fait, nous voulons diminuer par centaines le nombre de permis inutiles que nous émettons. Nous ferons confiance au jugement des gens. Tout n'a pas besoin d'être
bureaucratisé.
Comme vous le constatez par ce tableau, la crise n'a pas encore touché Québec, quant à la valeur des permis de construction à tout le moins, bien au contraire; mais croisons-nous les doigts, cela ne saurait peut-être tarder!
Plus efficaces et plus rentables
Il faut aussi être plus efficaces et plus rentables, dans la gestion de nos grands projets économiques. Il faut accélérer les grands investissements, surtout pas les ralentir. Québec, au fil des ans, s'est donnée une structure démocratique tellement efficace sur le plan de consultations, qu'elle a créé elle-même une formidable force d'inertie qui décourage l'investissement.
C'est pourquoi le comité exécutif a, entre autres, nommé un coordonnateur aux grands projets économiques et immobiliers. Son travail est simple : accélérer la réalisation des grands projets de plus de 10 millions de dollars. Cela est bon pour l'économie, pour créer plus rapidement de la richesse, et c'est bon pour la Ville qui pourra en retirer des taxes plus rapidement!
Dans les prochaines semaines, non annoncerons aussi comment nous raccourcirons le temps dévolu aux consultations publiques concernant les grands projets. Nous continuerons à consulter, cela est la norme dans les villes modernes et respectueuses de ses habitants, mais nous éliminerons de façon importante le red tape inutile de ces consultations.
Nous sommes élus et imputables de nos décisions. Si les citoyens ne sont pas satisfaits de ces décisions, ils peuvent le faire savoir à tous les quatre ans... Les élus et les structures démocratiques doivent aussi contribuer. Ainsi, les arrondissements passeront de huit à six et le nombre de conseiller passera de 37 à 27. Nous devions donner l'exemple à la population et à nos employés sur notre sérieux d'économiser.
Voilà comment nous allons moderniser notre administration afin de dégager des marges de manoeuvre.
Remise à neuf en 15 ans
Permettez-moi maintenant de vous exposer les contours de notre ambitieux plan pour rénover la ville d'un bout à l'autre, incluant ce qui existe sous terre. Ce plan repose sur un objectif aussi simple qu'audacieux : nous voulons que, d'ici 15 ans, toutes les infrastructures soient remises à neuf. Une rue en mauvais état déprécie nos propriétés. Trop d'infrastructures en mauvais état déprécient toute une ville.
Nous allons donc assurer la réfection, construire et reconstruire des rues, des parcs, des égouts, des aqueducs, et j'en passe, sur l'ensemble du territoire. Nous allons aussi construire et rénover nos équipements sportifs et culturels.
Nous dégagerons également à chaque année des sommes importantes pour investir dans de nouvelles initiatives. Nous nous donnerons les moyens pour réaliser certains de nos rêves. Qui a dit que nous ne pouvions pas investir dans un nouvel amphithéâtre, ou dans un stade de football ou de soccer professionnel?
Pourquoi ne pas investir dans des produits culturels uniques comme nous l'avons fait en 2008. Pourquoi ne pas investir dans d'autres ouvrages publics comme la Promenade Samuel-de-Champlain, qui distingue cette ville et qui crée tant d'émerveillement chez nos visiteurs. Pourquoi n'aurions-nous pas ces ambitions?
Plusieurs raisons nous poussent à lancer ce plan d'investissement sur 15 ans. En premier lieu, les dernières décennies ont été des années de sous-investissements constants. Nous en payons aujourd'hui le prix. Et je me refuse catégoriquement à refiler cette facture, qui sera encore plus salée, à
nos enfants. Par notre plan, nous lèguerons à nos enfants une ville de Québec rénovée de fond en
comble.
Comme vous le savez peut-être, on évalue à environ 20 % les fuites d'eau traitée dans le réseau. C'est un gaspillage honteux. Un gaspillage d'argent public, évidemment, mais aussi un gaspillage de notre ressource la plus importante dans une ère de développement durable. Socialement, nous ne pouvons accepter un tel gâchis. Moi, comme maire de Québec, je n'accepte plus cela! Agir intelligemment dans ce domaine, cela veut dire investir de façon ordonnée et planifiée, plutôt que de surinvestir en mode panique quand les réseaux craquent de partout.
Un grand chantier
Et quand je vous dis que c'est un grand chantier, comme vous le voyez sur ce tableau, nous avons de l'ouvrage devant nous pour les prochaines années. Nous devons rénover et parfois complètement reconstruire:
2 217 km de rues
1 160 km de trottoirs
2 269 km de réseaux d'aqueducs
3 818 km d'égouts, etc.
Nous allons nous donner les moyens de réaliser ce grand chantier. Nous le ferons en contrôlant le service de la dette pour qu'il demeure à 20 % du budget total, ce qui constitue le ratio moyen des grandes villes comparables.
Plus que 20 % pour une ville, c'est imprudent. Plus bas que 20 %, c'est mal utiliser notre capacité d'emprunt et d'investissement, et cela n'est pas une meilleure façon de gérer une ville, surtout en période de taux d'intérêt particulièrement bas. Je ne vous apprends rien je pense. Nous le ferons aussi en contenant les hausses de taxes foncières.
(...) Pour fin de comparaison, entre 2002 et 2010, le budget annuel d'investissements en entretien et en réfection, et dans de nouvelles initiatives, augmentera de plus de 350 %. Cela est aussi explicable parce que nous devons rattraper des retards très importants.
Ainsi, en dollars d'aujourd'hui, nous devrions investir, dans les 15 prochaines années, près de 7 MM$ dans les infrastructures, dont près de 4,5 MM$ dans l'entretien et la réfection, soit 60 % du total, et près de 2,5 MM$ dans de nouvelles initiatives.
De cette façon, nous nous donnerons les moyens de nos ambitions pour rendre cette ville attrayante, et pour lui garantir un avenir motivant. Au surplus, investir de telles sommes garantira un niveau important d'activités économiques, ce qui pourrait peut-être nous faire passer au travers de crises éventuelles, ou de celle qui est peut-être à nos portes.
La ville, un pôle d'attraction
Je vous ai suffisamment parlé de tuyaux, d'asphalte et de béton. Je vais maintenant vous parler de talent. Quand j'imagine Québec dans 15 ans, je vois une ville plus riche, plus dynamique et résolument branchée.
Je vois une ville qui attire les meilleurs d'entre les meilleurs dans les industries du savoir, de la technologie et de la culture. Je vois des entreprises florissantes et nombreuses, qui se nourrissent mutuellement. Je vois une économie bien de son siècle, tournée vers le monde, connectée et
dynamique. Je vois une économie qui s'adapte constamment, et qui produit des leaders en
innovation.
La Ville se préoccupera évidemment de tous les secteurs de l'économie d'ici, mais, comme nous voulons une ville qui prospère à court, moyen et long terme, nous devons, dès aujourd'hui, investir dans les industries à forte valeur ajoutée qui répondent à une demande mondiale croissante.
Les villes ont plus que jamais un rôle de premier plan à jouer dans la croissance économique générée sur leur territoire. Les entreprises choisissent des villes pour y investir, tout comme les touristes choisissent des villes pour y passer leurs vacances. Les immigrants choisissent des villes pour se bâtir une nouvelle carrière et une nouvelle vie. Les étudiants choisissent une ville pour étudier dans un environnement qui les stimulera.
En fait, pour bien situer les personnes que nous voulons attirer à Québec et qui peuvent nous enrichir, pensons à un couple, avec un ou deux enfants, fraîchement diplômés de l'école Polytechnique de Montréal ou des écoles de Moncton ou de Paris. Ce couple, bilingue, pourrait travailler n'importe où sur la planète tant des talents pareils sont recherchés par l'industrie. Toutefois, ces jeunes sont animés de valeurs qui ressemblent moins à celles de notre génération.
La priorité pour eux est tout d'abord de trouver un lieu propice pour élever une famille. Ensuite, ils choisissent leur cadre de vie, un environnement de vie agréable et à échelle humaine. Et, finalement, ils veulent performer au travail, bien sûr, mais pas en se défonçant comme nous avons pu le faire; ils veulent profiter de la vie à tous égards.
La description de cet environnement ressemble à Québec. Alors, c'est à nous de rendre notre ville encore plus attrayante pour que ce couple choisisse de vivre ici. C'est à nous que revient la responsabilité première de stimuler la croissance de Québec et de planifier sa prospérité. Pour une ville, en 2008, planifier sa prospérité, cela veut dire agir avec vigueur dans les domaines d'avenir, sans plagier les nouveaux modèles théoriques à la mode.
En fait, c'est miser sur nos avantages comparatifs sans attendre le salut des gouvernements. Et cela veut dire à Québec investir dans l'industrialisation du savoir et dans l'économie de la créativité. Pour rivaliser avec les régions du monde qui produisent à bas prix, il nous faut rester modernes et innover sans cesse, et nous allons nous battre en misant sur nos meilleurs talents et sur nos meilleures idées. Nous allons miser sur nos forces et nos avantages concurrentiels.
En premier lieu, donc, il faut industrialiser le savoir. Industrialiser le savoir, c'est passer du laboratoire aux tablettes des magasins. C'est commercialiser les découvertes de nos génies. Nous avons déjà à Québec deux universités de calibre mondial. Nous avons déjà une des plus fortes concentrations de centres recherches en Occident par rapport à la population.
Alors, cessons de tergiverser. Nous avons tout ce qu'il faut et il nous appartient de miser sur ces forces.
Notre stratégie de développement misera résolument sur une croissance endogène, c'est-à-dire miser sur les champions et les génies d'ici, commercialiser nos meilleures idées; en somme, savoir s'enrichir de nos innovations.
Notre système d'innovation
Il s'investit annuellement, à Québec, 400 M$ en recherche institutionnelle. Mais nous ne savons pas rendre ces investissements payants, nous manquons d'opportunisme. Actuellement, seulement une nouvelle entreprise technologique se crée ici par année, et encore, malgré toute cette recherche. Cette situation est inacceptable, mais nous pouvons renverser la vapeur, et cela n'est possible qu'en organisant de façon ordonnée notre propre système régional d'innovation.
Nous y travaillons actuellement intensément avec l'Université Laval, Pôle Québec et le Bureau de la Capitale-Nationale. Un exemple que je me plais à citer, pour bien illustrer ce que nous voulons développer ici comme modèle, est celui de l'histoire de la présence de Becton Dickinson à
Québec.
La présence de cette multinationale, basée dans le Parc technologique, origine d'un chercheur d'ici, le docteur Michel Bergeron du Centre de recherche en infectiologie de l'Université Laval. Le docteur Bergeron a fait une importante découverte dans la détection de certaines bactéries. Il a financé rapidement son plan d'affaires, et financé tout aussi rapidement sa première entreprise, Infectio Diagnostic. Cette entreprise a attiré à Québec une entreprise américaine, leader mondial dans son
domaine, Becton Dickinson, qui s'en est porté acquéreur.
Aujourd'hui, ce sont 350 personnes de plus qui travaillent dans le Parc technologique de Québec à produire des trousses de diagnostic rapide. Ce sont 350 emplois de plus à Québec, des emplois de qualité et très bien rémunérés, mais des emplois qui n'exigent pas tous des diplômes universitaires, et c'est là la beauté de la chose, il y en a pour toutes les catégories d'employés. C'est ce qu'on appelle industrialiser le savoir.
J'aime cet exemple, car c'est une entreprise qui est née ici, qui s'est développée ici et qui continue à faire travailler du monde ici. C'est donc le génie du docteur Bergeron qui a attiré des investissements d'ailleurs qui nous enrichissent, et qui a fait, en passant, quelques nouveaux millionnaires à Québec,
et bravo pour eux!
Nous voulons multiplier les Becton Dickinson à Québec. En premier lieu, nous allons appliquer une recette qui fonctionne par la création, l'aménagement et l'animation de périmètres à vocation technologique.
Le quartier du divertissement interactif
Notre Parc technologique est un exemple frappant de cette recette. Il fonctionne tellement bien qu'il est plein à craquer. On songe sérieusement à l'agrandir. D'autres projets structurants en matière d'industrialisation du savoir requièrent toute notre attention et nos énergies, comme la NeuroCité, le Technopôle Défense et Sécurité, et tout le secteur du divertissement interactif.
Dans ce dernier domaine particulièrement, la Ville, avec d'autres partenaires, a semé une graine qui, j'en suis sûr, nous rapportera beaucoup de dividendes. Nous avons participé à la mise sur pied de la nouvelle École nationale du divertissement interactif, une première au Canada.
Pour que notre système régional d'innovation fonctionne, d'autres ingrédients sont à considérer. Il nous faut une main-d'oeuvre qualifiée, des passerelles pour que se concrétisent les transferts technologiques, du capital de risque accessible aux entreprises de la région, des infrastructures de recherche, et, finalement, une culture entrepreneuriale et scientifique. Nous allons agir sur tous ces fronts.
La main-d'oeuvre qualifiée est le nouveau nerf de la guerre, et nous sommes définitivement en pénurie de ressources humaines. Nous agirons rapidement pour aller chercher ailleurs cette main-d'oeuvre,
principalement dans la francophonie, surtout en France, en profitant de l'Entente France-Québec sur la reconnaissance des diplômes.
Avant de réussir des transferts technologiques, il faut savoir que, à partir du moment où un chercheur réalise une avancée significative dans son domaine, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour la commercialiser. Il nous faut accélérer ce processus pour accompagner les cerveaux qui oeuvrent dans nos centres de recherche.
Nous travaillons actuellement, avec le gouvernement du Québec, à mettre sur pied un nouveau programme dédié exclusivement à la valorisation commerciale de nos découvertes. Ce programme soutiendra les chercheurs pour qu'ils puissent, à partir de leur découverte, faire la preuve de concept et bâtir une proposition à valeur économique.
Une fois que nous avons fait la preuve qu'une découverte peut devenir un produit payant pour notre économie, cela nous prend les moyens de mettre en branle sa production. Pour réaliser cette étape, des fonds importants doivent intervenir. Et à l'heure actuelle, Québec est un véritable désert financier pour les jeunes entreprises technologiques.
Nous devons y remédier et nous travaillons actuellement avec le gouvernement du Québec, et des leaders financiers de Québec, pour nous doter d'un fonds de plusieurs dizaines de millions de dollars à vocation technologique, dédié aux entreprises innovantes.
Parallèlement à cette démarche, nous souhaitons ardemment que le gouvernement fédéral revienne sur sa décision de couper les vivres à des organismes de développement économique et des entreprises innovantes comme l'INO et Pôle Québec. Peut-être que le gouvernement sera-t-il plus parlable et plus à l'écoute dans les prochaines semaines, avec la situation politique qui prévaut actuellement à Ottawa.
Pour produire de la richesse à partir de nos idées, il nous faut des scientifiques et il nous faut des entrepreneurs. Nous allons donc contribuer à développer une culture entrepreneuriale à Québec, ainsi qu'à l'Hôtel de ville. Nous allons soutenir les initiatives visant à stimuler la relève scientifique et l'esprit d'entrepreneuriat, et nous relèverons nos manches pour combattre le décrochage
scolaire.
L'économie de la créativité
Outre l'industrialisation du savoir, l'autre grand chantier de développement économique de Québec sera l'économie de la créativité. Les manifestations culturelles que nos champions de la créativité nous ont livrées cette année sont des succès sur lesquels il faut miser pour notre avenir.
Parallèlement, les jeunes entreprises qui oeuvrent dans le divertissement interactif, et éventuellement dans la production numérique télévisuelle et cinématographique comme je le souhaite, donneront des électrochocs à notre économie. Notre relève culturelle et nos grands artistes nous font connaître partout à travers le monde, et contribuent à faire de Québec une destination de choix. Et la culture c'est payant mes amis!
Un nouveau «buzz»
C'est donc en tablant sur ces atouts que je veux créer un nouveau «buzz» à Québec afin que les jeunes du Québec et d'ailleurs sentent qu'il se passe quelque chose de spécial dans notre ville et le répète à d'autres. Et ce «buzz», on va le créer dans Saint-Roch. On va y développer le quartier le plus fou au pays!
Nous allons créer un environnement géographique stimulant et faire se rencontrer physiquement et quotidiennement les arts et la technologie. Québec deviendra un carrefour unique entre ces disciplines, et c'est ici que se créeront de nouvelles formes d'expression culturelles et technologiques.
Si vous doutez du potentiel, rappelez-vous seulement le succès inégalé du Moulin à images dans le Vieux-Port. Ce que nous voulons : c'est multiplier les Moulin à images. Les créateurs culturels et technologiques affluent déjà vers le secteur de Saint-Roch qui est en pleine effervescence.
D'importantes entreprises technologiques s'y développent. On y trouve d'ailleurs une concentration insoupçonnée de salles de spectacles et, à l'extrémité est, on retrouve un des projets les plus emballants depuis longtemps à Québec: le projet Diamant d'Ex Machina, le projet-moteur de Robert Lepage.
C'est exactement le genre de projet qui distingue une ville à l'échelle internationale et la rend attrayante, dans la mesure évidemment où il est réalisable à des coûts acceptables. Nous allons donner à tous ces créateurs un écosystème favorable à la création et au réseautage. Nous allons équiper ces jeunes hommes et ces jeunes femmes bourrés de talent et d'imagination pour qu'ils nous fassent veiller tard! Nous profiterons du Sommet de Québec sur la culture, qui sera justement présidé par Robert Lepage, pour mettre ce projet sur la table.
Certains pensent que je lance beaucoup de projets sur la table, et souvent trop rapidement. Sachez que je les réaliserai tous, et qu'on n'est pas obligé d'être trop lent en politique ou trop prudent. Je suis ambitieux et je l'assume parfaitement.
Et donc, ce quartier techno-culturel, nous allons le faire et nous allons le faire ensemble très bientôt! Cette grande rencontre sur la culture de février prochain sera aussi l'occasion de consolider nos acquis culturels et de créer de nouvelles niches pour les décennies à venir.
Nous allons aussi mettre sur pied, comme je l'ai annoncé hier lors du dépôt du budget 2009 de la Ville, un fonds événementiel afin que la région de Québec poursuive sur sa lancée, pour que la vague de 2008 ne casse pas, pour que Québec demeure pour longtemps la ville festive par excellence, et que des centaines de milliers de personnes continuent à nous visiter chaque année.
Un minimum de 10 M$ par année y sera investi, en commençant dès 2009. Les sommes investies devront avoir un impact concret en matière de rayonnement et de retombées économiques, particulièrement en 2009 où les effets de la crise économique devraient se faire sentir.
Nous consoliderons notre nouveau programme de soutien à la relève artistique «Première Ovation», pour donner à nos jeunes talents la chance de la vivre, justement, cette première ovation qui constitue le début d'une reconnaissance et une motivation à la créativité. D'ailleurs, avec monsieur Pierre-Karl Péladeau, j'ai annoncé la semaine dernière l'implication du groupe Quebecor dans ce projet.
Québec deviendra le lieu incontournable de ceux et celles au Québec qui veulent vivre de la culture.
Comme vous le voyez, chers amis, on ne manque déjà pas de projets à la Ville de Québec, et nous en avons encore bien d'autres en gestation, mais le temps me manque pour vous en faire part et on dirait encore que je j'appuie trop vite sur la gâchette... Nous avons une vision claire de ce que nous voulons faire de notre ville, et de ce que nous voulons léguer à nos enfants.
Je vous l'ai dit plus tôt et je vous le répète : notre ville n'a jamais été aussi prête, et sa population aussi enthousiaste pour que nous ayons un grand projet de société, des défis communs pour les 15 prochaines années.
Je vous invite à embarquer avec moi pour faire de Québec la championne canadienne, toutes catégories confondues, des villes qui performent le plus et des villes qui attirent les meilleurs.
MERCI!










