D'aucuns blâment ces centres d'être toutefois quelque peu responsables de leurs propres malheurs. En effet, certains leur reprochent d'avoir répondu à des appels d'offres avec des soumissions trop basses afin de s'accaparer de nouvelles parts de marché, ou encore, d'avoir misé sur l'exportation de leurs matières sans véritablement de valeur ajoutée.
Or, à eux seuls, ces arguments n'expliquent pas la situation actuelle. Qui plus est, aucun organisme public n'a non plus levé de drapeau jaune lorsque ces pratiques étaient largement utilisées. Aussi, la vraie question qui se pose est celle-ci: pouvons-nous nous permettre de laisser fermer des centres de tri? La réponse est non! Nous ne pouvons nous permettre de revenir 20 ans en arrière; ce n'est pas tant le bac que nous abandonnerions, mais bien la confiance et la fidélité du citoyen. Le succès de la récupération débute à sa source, dans nos maisons.
Il est ici question de semaines avant que cette crise ne connaisse véritablement un dénouement malheureux.
Un financement structurant
Une des premières mesures financières à prendre serait de faire passer la redevance à l'élimination de 10 à 40 dollars la tonne métrique. Ceci permettrait d'offrir au monde municipal des fonds supplémentaires afin de supporter leurs centres de tri en période de crise.
Une autre action consisterait à hausser la contribution de l'industrie dans le financement de la collecte sélective municipale. Les municipalités n'ont aucun droit de regard sur les quantités et la nature des produits mis en circulation. Pourtant, elles ont la responsabilité d'en assumer la collecte et le traitement une fois leur vie utile terminée.
Développer véritablement l'industrie du recyclage au Québec
Jusqu'à aujourd'hui, nous avons mis l'emphase sur les quantités que nous récupérions sans vraiment nous soucier de ce qu'il advenait des matières une fois passées les portes des centres de tri. Cette approche doit cesser et nous devrions maintenant nous attarder davantage sur l'aspect qualitatif de nos activités de récupération.
Pour cela, plusieurs actions doivent être prises rapidement. Tout d'abord, il faudrait uniformiser la collecte sélective à travers la province. Accompagnée d'une campagne de sensibilisation nationale, cette mesure contribuerait à augmenter à la source la qualité des matières récupérées tout en dissipant la confusion sur ce qui doit aller dans notre bac de recyclage.
Certains irritants devraient être éliminés des convoyeurs des centres de tri; les sacs de plastique à usage unique notamment, devraient carrément être retirés de la circulation. Notre SAQ pourrait aussi instaurer une consigne sur ses bouteilles et gérer leur récupération en les acheminant directement chez les recycleurs par sa propre flotte de camions, contribuant par le fait même, à la hausse de leur taux de valorisation.
Des investissements devraient aussi être réalisés dans les centres de tri afin d'optimiser les opérations de tri et de ségrégation des matières. Une telle initiative, jumelée à une campagne de sensibilisation nationale, permettrait de hausser la valeur ajoutée des matières récupérées.
Et, pour fermer la boucle, reste peut-être l'aspect le plus important de tous: développer au Québec une véritable industrie du recyclage. Actuellement, nulle entreprise n'est tenue d'inclure un pourcentage de matière recyclée dans les biens qu'elle produit ou distribue. Pour ce faire, utilisons les outils que la Loi sur la qualité de l'environnement nous fournit déjà à cette fin.
Enfin, la véritable question qui se pose à nous n'est pas de savoir si nous devons agir face à cette crise, mais bien de savoir comment le faire afin de se prémunir contre d'autres à l'avenir.
Karel Ménard
Directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets










