Wolfe a gagné en 1759. C'est vrai. Il a triché en passant par le sentier de l'anse au Foulon. Il a été aidé par des traîtres de notre «propre gang» dont l'ineffable Cugnet! Mais il a gagné et notre histoire a pris une tournure inattendue même si sa victoire, surévaluée à cet égard, n'a pas eu l'impact qu'on lui accorde aujourd'hui. C'est le traité de Paris de 1763 qui a fait de nous des sujets britanniques. Entre-temps, il y a eu notre grande victoire de 1760 et les actes héroïques de nos alliés naturels amérindiens, ces héros mésestimés, dont le chef Pontiac et ses troupes qui continuèrent la guerre jusqu'à l'abandon définitif de 1763. Nous avons le pouvoir et le devoir de célébrer, en compagnie de nos frères amérindiens, si le coeur leur en dit. Il faut juste ne pas se tromper d'événement! Je propose donc 1760, la bataille de Sainte-Foy, la deuxième des plaines d'Abraham et des hauteurs de Québec.
Voici pourquoi
Après leur victoire de 1759, les Britanniques ont pris militairement possession de Québec, mais non de la Nouvelle-France. Ils n'ont pas pu contrôler l'ensemble du territoire. Aussi, la «résistance» s'est organisée et la guérilla, activée. Tant et si bien qu'au printemps de 1760, l'armée de Lévis, par les actes héroïques de Le Gardeur de Repentigny et de ses miliciens montréalais, et surtout de ceux du lieutenant-colonel d'Alquier et de ses soldats du Béarn, défait la grande armée britannique de Murray sur les plaines d'Abraham. Cette défaite des troupes de Murray fut totale, bien davantage que celle de Montcalm. Sans la décision de Lévis de tenir la ville en siège plutôt que d'y pénétrer, dans le respect des façons de faire de l'époque, Québec serait redevenue sur-le-champ possession française. Et l'histoire eut été tout autre. Mais cette victoire n'en demeure que plus grande encore. Cette victoire signe, dans le sang, notre intention de durée.
En 1760 donc, cette petite nation, par son armée fortement constituée de Franco-Canadiens d'origine et d'adoption, a vaincu les troupes britanniques de Murray en utilisant des techniques et des tactiques de guerre qui lui étaient propres et qui s'opposaient aux vieilles méthodes européennes. Cette différence marquée par son originalité, sa créativité et sa complicité avec ses frères amérindiens, fait aussi partie de l'acte fondateur de notre nation. L'intention de rester ici confirmait notre douloureuse naissance.
Prise en main
C'est à partir de 1763, lorsqu'abandonnée par la France lors du traité de Paris mettant fin à la guerre de sept ans en Europe, que notre nation s'est totalement prise en main. Elle a, ce jour-là, quitté son colonisateur français pour tomber sous le colonialisme britannique. Depuis 1982, avec le rapatriement de la constitution canadienne de Londres à Ottawa, sans son consentement, elle est passée sous le colonialisme canadien-anglais. Elle a refusé de quitter ce colonialisme à deux reprises lors des référendums de 1980 et de 1995. Il faudra surtout voir ce qu'elle fera lors du prochain référendum qui tarde à s'annoncer. Ce référendum risque aussi de se gagner sur les plaines d'Abraham grâce à un appui en bloc des électeurs de la grande région de Québec. Ce sera la quatrième et dernière bataille de Québec. En attendant, moi, vieux souverainiste patient, je célébrerai l'été prochain et le suivant, surtout, sur les Plaines d'Abraham et plus exactement au coin de l'avenue des Braves et du chemin Saint-Louis, la victoire du 28 avril 1760.
J'inviterai tous les Québécois, quelles que soient leur origine et leurs croyances, à venir partager le rêve de croissance et le devoir de souvenance qui nous ont été légués par cette victoire de 1760 et les longues années de développement qui l'ont précédée depuis 1534. Quand une nation se fête, c'est toute l'humanité qui danse.
Denis Gaumond, UQAM, Gaspé et Montréal











