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Quand les colonies servaient de monnaie d'échange

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Quand les colonies servaient de monnaie d\'échange

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L'auteur nous rappelle que le roi Louis XV a laissé les soldats français se défendre plutôt seuls à Québec, n'envoyant que de maigres renforts constitués de soldats inexpérimentés.

Photothèque Le Soleil

2009 marque, on le sait très bien maintenant (!), le 250e anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham. Une victoire britannique qui a annoncé la fin de la présence française en Amérique du Nord.

Certains groupes d'intérêts (artistes, politiciens, etc) et des particuliers ont vivement réagi à l'idée d'une commémoration de cette confrontation à Québec, tantôt pour la dénoncer, tantôt pour l'appuyer. L'idée a finalement été écartée cette semaine.

Mais à côté de ce débat sans issue sur la pertinence de reproduire ce face-à-face britanno-français, il vaut tout de même encore la peine de s'arrêter à quelques facettes de cette bataille, surtout en ce qui a trait à son importance contextuelle en 1759. L'histoire est fort instructive et rassurante quant à notre résilience collective.

Il faut remonter l'histoire jusqu'en 1756, en Prusse (Pologne actuelle), loin des trônes français et britanniques, et encore plus des colonies d'Amérique. Le roi Frédérick II de Prusse a envahi la Silésie, une province autrichienne. L'affaire provoque un conflit armé entre les deux royaumes et suscite des alliances stratégiques et militaires. La France se rallie à l'Autriche, l'Angleterre choisit de son côté l'envahisseur prusse. Cette escalade européenne de déclarations de guerre entraîne dans son sillon les empires coloniaux. La Nouvelle-France allait donc inévitablement affronter la Nouvelle-Angleterre, chose qui n'inquiétait pas nécessairement les pays protagonistes en Europe.

Une simple monnaie d'échange

Pour la France, ses possessions territoriales n'avaient que peu d'importance. Le Roi Soleil, Louis XIV, avait activement ignoré la Nouvelle-France lors de son règne (1643-1715) et ses successeurs firent de même. Les colonies représentaient surtout une monnaie d'échange lors des nombreuses guerres survenues entre 1600 et 1700.

La coutume était en effet que le perdant d'un conflit cédait certaines possessions territoriales au royaume victorieux, système qui a perduré jusqu'à la Première Guerre mondiale (1914-1918). C'est ainsi que le roi Louis XV a laissé les soldats français se défendre plutôt seuls à Québec, n'envoyant que de maigres renforts constitués de soldats inexpérimentés. Il a préféré conserver la majorité de ses troupes pour défendre la patrie française contre les invasions amphibies de l'Angleterre de 1757-1759. Le roi a en conséquence confié la défense des intérêts à son général le plus distingué parmi ceux qui étaient déjà présents de l'autre côté de l'Atlantique, en l'occurence le marquis Louis-Joseph de Montcalm.

De l'autre côté de la Manche, Londres s'était déjà doté d'un système parlementaire, et donc, le roi ne pouvait légiférer que sur très peu. Pour le premier ministre Pitt et pour les élus britanniques, la guerre contre l'Autriche et la France représentait une occasion exceptionnelle d'accroître la portée de leur empire mondial. Leur participation terrestre en Europe resta assez modeste pendant la guerre puisque leur cible de choix demeurait les possessions coloniales françaises et espagnoles autour du globe, incluant les terres fertiles de la Nouvelle-France.

C'est pourquoi Pitt, de son côté, choisit le général James Wolfe, soldat parmi les plus décorés de l'ère malgré son jeune âge, pour mener l'assaut. Le héros militaire eut le mandat d'assiéger et de prendre les bastions de Louisbourg, Québec et Montréal.

Le 13 septembre 1759, Wolfe et un petit contingent de soldats britanniques ont vaincu Montcalm et sa maigre force défenderesse sur les plaines à Québec.

Par la suite, la France a poursuivi la défense de son territoire, un échec marqué par le manque total de renfort naval aux soldats de Québec. Finalement, tous les partis signèrent le Traité de Paris en 1763, ordonnant la fin de cette «Guerre de Sept ans».

Étant victorieux, les Prusses ont pu conserver la province de Silésie qu'ils avaient obtenue, déclenchant ce conflit d'une portée mondiale. En effet, le grand victorieux fut l'Angleterre qui a acquis les possessions françaises en Orient, en Inde et à l'Est du Mississippi. Pour Québec et la Nouvelle-France, le parlement de Londres a donné le choix à Louis XV de la conserver en échange de la Guadeloupe, petite île productrice de sucre. Louis a refusé et donc le Nouvelle-France est devenue britannique et la France a gardé sa petite île des Caraïbes.

En conclusion, malgré l'importance phénoménale que représente la bataille des plaines d'Abraham pour les Québécois de 1759 et d'aujourd'hui, ce ne fut qu'un conflit corollaire à une guerre lointaine.

Mais finalement, malgré le peu d'importance qu'accordait le trône français à la Nouvelle-France lors de la guerre, le français se porte aujourd'hui assez bien en Amérique du Nord et sa mixité linguistique et culturelle a permis au Québec de développer une culture bien florissante et distincte de ses géniteurs français.

Jonathan Tremblay, historien

Québec

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