Une analyse de la fiche de la Commission des champs de bataille nationaux intitulée «État de guerre» révèle de quelle manière cette dernière entend désormais traiter cet épisode: une activité d'animation au parc des Braves devant réunir des acteurs de l'époque (dont l'ineffable Bigot, inévitablement), lesquels n'auront d'autre mission que de rappeler à notre mémoire, le légendaire climat de «corruption, d'abus et de festivités de la grande société qui "mange et boit"...». À toutes fins utiles, on veut inviter les Québécois à danser sur la tombe de leurs ancêtres et à creuser un peu plus dans le désamour qu'ils doivent avoir d'eux-mêmes. Pourtant, en janvier 1758, soit plus d'une année avant que les troupes britanniques ne pénètrent dans le Saint-Laurent, un écrit de Montcalm faisait un appel à la population de la capitale en faveur d'une plus grande discipline. Quant à Bigot, il ne sera pas traité avec plus de complaisance que la plupart de nos actuels prédateurs de la haute finance. Parallèlement, d'autres comportements beaucoup plus dégradants, et surtout aux conséquences humaines beaucoup plus importantes, sont littéralement occultés par monsieur Juneau et son groupe, probablement parce qu'ils font le déshonneur de l'armée britannique. Comment interpréter leur acharnement à mettre autant d'emphase sur cet aspect tout à fait particulier du «comportement social à Québec» et à vouloir le traiter comme une explication centrale de l'issue de la guerre?
La CCBN prétend à l'objectivité et à la neutralité. Si, à ses yeux, le devoir de mémoire est incontournable, peut-elle nous expliquer pourquoi, dans sa programmation, un espace significatif n'est pas accordé aux exactions commises en août et septembre par les troupes britanniques dans Charlevoix, Lotbinière, sur la Rive-Sud, de Kamouraska à Lévis, et à l'Île d'Orléans? Sous les ordres directs de Scott et le commandement hiérarchique de Wolfe, ces troupes ont systématiquement détruit villages et infrastructures publiques, rasé par le feu les résidences de milliers de familles avec tous leurs bâtiments de fermes, brûlé leurs récoltes et tué le bétail avant l'hiver, dans le but express de les affamer et de les disséminer, et ce, même après le 13 septembre, alors que les combats avaient déjà cessé à Québec. Un véritable déshonneur pour des militaires qui, par convention, ne devaient normalement s'en prendre qu'à leurs vis-à-vis. Si les traités actuellement en vigueur au plan international avaient existé à cette époque, les auteurs de ces exactions auraient vraisemblablement été passibles de crimes de guerre. N'y a-t-il pas là matière plus significative à commémoration historique que cette interminable histoire de bals?
En pêchant par partialité, la CCBN fait manifestement encore dans la politique avec son nouveau programme. Elle donne ainsi amplement raison à tous ceux et celles qui croient que le parc des plaines d'Abraham constitue une véritable plate-forme de propagande identitaire.
Pierre-Paul Sénéchal, Beaumont










