Voyons la situation aux États-Unis. Récemment, la revue The Economist laissait entrevoir la possibilité que plus de 1000 banques fassent faillite aux États-Unis au cours des cinq prochaines années si la conjoncture devait se détériorer. Pour l'heure, le crédit bancaire aux États-Unis est moins disponible, les banques inscrivent des pertes, les recettes fiscales des gouvernements diminuent, le gouvernement américain doit voler au secours des banques et le laxisme de la réglementation bancaire est vivement critiqué.
Contraste avec la situation au Canada
Bien que les banques au Canada ne soient pas totalement épargnées, elles bénéficient de la solidité et de la stabilité des bases d'un système bancaire national. Nos banques continuent d'offrir du crédit - en fait, les prêts consentis aux entreprises par les banques ont augmenté de près de 11% en janvier 2009 comparativement à janvier 2008. Le secteur bancaire canadien est rentable et continuera d'être une importante source de recettes fiscales pour le gouvernement du Canada, contribuant ainsi au financement des programmes sociaux appréciés des Canadiens.
Par ailleurs, aucune banque au Canada n'a eu besoin de l'aide financière du gouvernement et aucune pression n'a été exercée sur celui-ci afin qu'il libère les banques de leurs créances irrécouvrables. Au contraire, le gouvernement fédéral a mis en oeuvre le Programme d'achat de prêts hypothécaires assurés en vertu duquel il achète auprès des banques des prêts hypothécaires de qualité, sûrs et assurés afin d'injecter des liquidités dans le marché du crédit, et ce, au profit des contribuables.
Un tel système bancaire sain, solide et stable est essentiel à la prospérité à long terme du Canada, peu importe votre lieu de résidence. En 2007, au Québec, les banques ont contribué au PIB provincial dans une proportion de 2,76 % et employaient près de 42 000 personnes. La forte présence des banques sert ainsi de point d'ancrage précieux pour la reprise économique.
Un nombre croissant de Canadiens en sont conscients et continuent d'accorder une grande confiance à notre secteur bancaire. Un sondage mené en fin d'année 2008 par The Strategic Counsel pour le compte de l'Association des banquiers canadiens (ABC) a révélé que 77 % des Canadiens décrivent les banques canadiennes comme étant plus sûres et plus stables que les banques à l'étranger.
Prudence, gestion et réglementation
Selon cette étude, trois grands facteurs expliquent la confiance que notre secteur bancaire inspire aux Canadiens: la prudence des banques en matière de prêts et de placements, une meilleure gestion des banques canadiennes comparativement aux banques de l'étranger et la réglementation gouvernementale du secteur bancaire.
Il est vrai que nous n'avons pas encore un organisme unique de réglementation des valeurs mobilières. Toutefois, dans l'ensemble, notre régime de réglementation bénéficie d'un large appui de personnes comme le président américain Barack Obama, l'ancien président de la Réserve fédérale américaine Paul Volcker et de nombreux autres observateurs. On peut en conclure que le modèle bancaire le plus apte à surmonter pareille crise économique semble davantage rouge et blanc que rouge, blanc et bleu.
Et le monde se tourne maintenant vers les Canadiens pour obtenir des conseils sur la façon de se sortir de la crise bancaire actuelle. Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, travaille en étroite collaboration avec ses homologues du G20 afin d'aider à la stabilisation du système bancaire mondial. Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, et la surintendante, Julie Dickson, participent activement aux efforts avec leurs homologues du monde entier, tout comme le chef de la direction de la Banque Scotia, Rick Waugh, par son travail à l'Institut de finances internationales. Collectivement et individuellement, les efforts de ces Canadiens et d'autres encore accolent aux services financiers du Canada une étiquette de solidité et de renom à l'étranger.
Une grave préoccupation persiste toutefois: l'approche distinctive du Canada se perdra-t-elle dans la course vers une nouvelle réglementation mondiale des organismes internationaux ou dans une vague de réglementation internationale excessive, inutile et inappropriée? Ou verrons-nous naître de nouvelles approches qui reflèteraient les éléments qui ont rendu le système canadien si solide? Nous ne pouvons laisser une course vers la réglementation épidermique nous écraser.
Maintenir l'équilibre
L'approche du Canada - un équilibre entre la surveillance étroite de la solvabilité, une gestion prudente des banques et la concurrence - a permis à son système financier de faire face à ses engagements. Compte tenu du rôle que joue le secteur bancaire dans la stabilisation de notre économie, nous devrions défendre cette approche canadienne distinctive.
À notre avis, il est primordial que chaque pays détermine quels changements il doit apporter à sa réglementation maintenant, plutôt que d'attendre qu'un organisme mondial lui impose de nouvelles règles. Nous appuyons fortement l'adoption de normes approuvées internationalement, mais aucun pays ne devrait renoncer à sa capacité d'établir ses propres normes, même en matière de suffisance de capital ou de gestion des risques. Au contraire, l'élaboration de ces normes doit se faire de manière cohérente et transparente dans chaque pays.
Il reste encore beaucoup à faire et les banquiers du Canada doivent continuellement démontrer les nombreuses forces de notre système bancaire et financier, et maintenir la confiance de nos clients. Le secteur bancaire au Canada est à la hauteur du défi, aidant à soutenir notre économie et faisant preuve de leadership mondial au moment où de nombreux pays éprouvent non seulement des difficultés, mais sont en quête de modèles.
Nancy Hughes Anthony*
*Nancy Hughes Anthony est présidente et chef de la direction de l'Association des banquiers canadiens. L'ABC représente 50 banques au Canada, les filiales et les succursales de banques étrangères y exerçant des activités et leurs 257 000 employés. Elle formule des recommandations à l'appui de politiques publiques efficaces et efficientes en matière bancaire, et favorise une meilleure compréhension de ce secteur et de son importance pour les Canadiens et l'économie canadienne.










