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Les sports de voile menacés à la baie de Beauport

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Les sports de voile menacés à la baie de Beauport

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Photothèque Le Soleil

Issue de Québec 1984, l'Association nautique de la Baie de Beauport (ANBB) aura été ironiquement liquidée par Québec 2008!

À la fin des années 70, les gens de Québec découvrent les planches à voile, dériveurs et catamarans. Les amateurs peuvent alors accéder au lac Saint-Joseph via le Club de voile de l'Université Laval, et au fleuve par la baie de Cap-Rouge (ex. club de voile Martel). En 1984, les millions pleuvent: on dote Cap-Rouge d'immeubles rutilants plutôt que de draguer le lit de la rivière et d'aménager les espaces nécessaires au remisage des embarcations. C'est pratiquement la mort du nautisme à Cap-Rouge. Parallèlement l'Université Laval abandonne son école de voile et le site du Lac Saint-Joseph est privatisé.

Le site de la baie de Beauport constitue dès lors le dernier accès possible à un plan d'eau. Un illuminé (feu Réal Éthier) contraint pratiquement le Port de Québec à louer le site à la Ville de Beauport aux fins d'établissement d'un club/école de voile. C'est la naissance de l'ANBB. Une vingtaine d'années plus tard, elle est devenue le plus important club/école de voile au Québec. Durant ces années, son école de voile a initié des milliers de jeunes et moins jeunes à la voile, des dizaines de régates d'envergure nationale et internationale y ont été tenues, et plusieurs champions s'y sont développés.

Québec 2008 et la recette d'un désastre assuré

Québec prépare ses fêtes et les millions pleuvent. Le Port de Québec y voit l'opportunité de redéfinir l'usage des lieux à coût politique et monétaire nul. Le site, est-il décidé en quelque lieu, deviendra un complexe à vocation portuaire et récréo-nautique. Le réveil est brutal au printemps 2008: quatre super-bâtiments sont construits au coût d'environ 20 millions $ ? et toujours pas un arbre. Un éléphant blanc est né. Ces infrastructures sont non-fonctionnelles et disproportionnées par rapport aux besoins et à la réalité de la pratique des sports nautiques. On peut déjà anticiper des déficits considérables. Dans ces conditions, l'Association qui a géré le site depuis 1985, est déclarée inapte à administrer une pareille galère. La Ville de Québec déclare forfait à la vue du bébé difforme.

Faute de courtisan, le Port de Québec conserve la propriété de son cadeau 2008 et du déficit afférent. Il en confie la gestion à Gestev. Une telle situation ne peut perdurer. La Ville de Québec est la seule habilitée et apte à définir la vocation récréo-nautique du site de la baie de Beauport. Pour ce faire, elle doit d'abord accepter son «cadeau 2008» et en prendre le contrôle. Devraient suivre une réflexion en profondeur sur l'usage prioritaire que l'on doit faire du site, et sur l'à propos des infrastructures déjà installées.

Seul plan d'eau accessible et navigable

Or l'expérience des 25 dernières années doit mener à l'élaboration d'un projet réaliste qui tienne compte des attributs et limites de la baie de Beauport et de son littoral, et de son caractère unique. Il faut rappeler que la baie de Beauport est le seul plan d'eau accessible et navigable tant à marée haute qu'à marée basse, en retrait de la circulation maritime, à l'abri des courants intenses, et soumis à des vents particulièrement propices liés à la topographie des lieux. D'autre part le littoral de la baie de Beauport est malheureusement située en aval de tout ce qui pollue à Québec, rendant l'eau toujours impropre à la baignade et l'air souvent irrespirable et impropre à des activité sédentaires sur le littoral.  À l'analyse, il ressort que l'usage premier du site a été et devrait être dédié prioritairement à la pratique et au développement des sports de voile légère, et ce au bénéfice de tous les citoyens de Québec adeptes actuels et futurs de ces sports.

Quant aux nouvelles infrastructures (essentiellement des bâtiments), leur réaménagement devrait prévoir de regrouper et recentrer physiquement les activités de voile sur le site, de favoriser une proximité avec le plan d'eau et un accès facile depuis les stationnements, et de prévoir des lieux de regroupement et de fraternisation des adeptes. À cette fin, on devrait reconsidérer l'à propos du bâtiment central (la super-cabane à patates frites) et éventuellement sa démolition.

Enfin, la vocation du site arrêtée et les infrastructures remises à niveau, la Ville devrait déterminer les ressources annuelles qu'elle entend consacrer à ce créneau sportif, et confier la gestion du site à un organisme sans but lucratif composé de l'ensemble des usagers. Ici encore, l'expérience a démontré que les usagers savent gérer ce site plus efficacement et à moindre coût.

Depuis 25 ans, quelques dizaines de milliers de citoyens de Québec de tous âges sont passés par la Baie de Beauport pour faire l'apprentissage des sports de voile. À l'instar des autres grandes villes maritimes, Québec doit pouvoir compter sur un club/école de voile dynamique et doté d'infrastructures adéquates. On ne saurait abandonner en si bonne route.

Richard Carrier, Membre fondateur de l'Association nautique de la Baie de Beauport et ex-président

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