En effet, la mobilisation populaire contre les projets de développement hydroélectrique d'Hydro-Québec est faible. Contrairement à ce qui s'est passé autour du Suroît, d'Orford ou de Kyoto, il n'y a pas de consensus social et politique sur la question. Trois des quatre partis représentés à l'Assemblée nationale sont favorables au développement du potentiel hydroélectrique du Québec. Les centrales syndicales se sont aussi prononcées régulièrement en faveur de tels projets. Certains groupes écologistes sont demeurés «silencieux» sur le projet de la Romaine et n'ont pas déposé de mémoire pour le contester, priorisant sans doute la lutte aux GES et au nucléaire. Ce n'est donc pas demain que nous entendrons un appel à aller manifester dans la rue notre désaccord avec le projet de la Romaine. L'illustration de l'état des forces serait trop dévastatrice...
Personnellement, je suis contre toute nouvelle augmentation de la capacité de production d'Hydro-Québec, tant et aussi longtemps que les surconsommateurs d'énergie que nous sommes n'auront pas réduit significativement leur demande. Je demeure convaincu que de vigoureux programmes d'efficacité énergétique pourraient dégager une marge d'énergie excédentaire pouvant être exportée sur des marchés voisins et aider à financer nos services collectifs. Il n'y a rien de durable à produire toujours plus, même par la filière de la grande éolienne, si cela nous amène à construire plus de «maisons manoirs» équipées d'écrans au plasma de 2 mètres. Je partage donc le discours des groupes qui s'opposent au projet de la Romaine. Cependant, je ne m'attendais pas du tout à ce que le BAPE et la commission fédérale d'examen retiennent cette avenue. L'étude d'impact et les différentes expertises des ministères soumises à l'examen public n'allaient pas en ce sens. Par ailleurs, le BAPE pouvait difficilement aller à l'encontre de ce qui est déjà prévu dans la Stratégie énergétique adoptée par l'Assemblée nationale et dans certaines décisions de la Régie de l'énergie.
Donc, au lieu de déclarer l'organisme «illégitime», il faudrait plutôt exiger l'application de l'avis du BAPE permettant de protéger une rivière vierge à chaque nouveau développement. Une moyenne au bâton de 0,500 sur la protection des rivières vierges du Québec, quel groupe pense obtenir mieux dans les années qui viennent? Cette revendication pourrait trouver un écho populaire plus favorable et cela dans tous les milieux. Bien sûr, on peut vouloir conserver sa «pureté idéologique» et faire porter la responsabilité de la réalisation du projet de la Romaine sur un organisme consultatif comme le BAPE. Mais, pour les générations futures, les «beaux discours» passés pèseront moins que l'état réel des rivières de la Côte-Nord...
Jean Baril, avocat et doctorant en droit à l'université Laval
Auteur du livre Le BAPE devant les citoyens










