Malheureusement, l'attitude anti-environnementale devient pandémique sur la Colline parlementaire. Alors que tous les sondages indiquent que les Canadiens sont plus conscients des enjeux écologiques et déterminés à sauver notre patrimoine naturel que jamais auparavant, notre Parlement lui, accélère dans le sens inverse. Le meilleur exemple récent est mise à l'indexe de la Loi sur la protection des eaux navigables, manoeuvre sournoise que la Coalition libérale-conservatrice a intégrée à son budget 2009.
M. Ignatieff en est même à qualifier la taxe sur le carbone de projet stupide, «After mature consideration, [Canadians] think that's the dumbest thing they've ever heard.» Ne se rend-il donc pas compte qu'en prenant une telle position, il insulte l'Europe entière, la Colombie britannique et l'Australie d'un seul coup? Le Canada est mal placé pour juger. Lors des dernières conférences de l'ONU à Nairobi, Bali et Poznan, le Canada a perdu la face alors que les administrations Bush et Harper tentaient en vain de saboter les pourparlers. L'attitude de Harper n'a pas changé. Il fallait s'y attendre. Ce qui perturbe c'est l'appui soudain des libéraux, qui semblent avoir attraper le même virus. Leurs couleurs changent. En fait, lorsque je marche devant le Parlement ces temps-ci, j'ai l'impression que même le gazon et la toiture verte y palissent à vue d'oeil!
Économie vs écologie?
Le problème, c'est que les deux chefs sont victimes d'une même philosophie trompeuse, selon laquelle «économie» et «écologie» sont deux forces opposées. Cette dichotomie est omniprésente dans l'opinion publique et dans les corridors du Parlement, car elle est facile à exprimer: si vous nous empêchez de creuser l'Alberta pour son pétrole ou raser la forêt québécoise, nous devrons mettre nos employés à la porte, donc il faut absolument détruire les écosystèmes pour sauver l'économie.
Mais c'est faux. L'économie de l'extraction, du pétrole, des mines, du nucléaire, de la coupe à blanc et des déversements toxiques dans nos rivières... cette économie n'est pas l'immaculé conception de la main divine du marché. Elle naquit de l'intervention de l'État. Le modèle industriel non-durable n'est pas un phénomène économique naturel, qui doit ensuite être limitée et encadrée par un acteur politique externe. C'est plutôt l'inverse: l'acteur politique met en place le cadre qui garantie les marchés, les investissements et conséquemment, l'essor de ce modèle économique.
Prenons l'exemple des sables bitumineux: l'accord de libre-échange garantie l'accès au marché américain et interdit essentiellement la réduction des exportations; de nouvelles lois facilitent l'obtention de visas d'immigration temporaire pour fournir à l'industrie de travailleurs étrangers, non-syndiqués; les terres sont octroyées gratuitement; le capital initial est mis de l'avant par l'État; et finalement, les redevances à la couronne sont parmi les plus basses au monde. Si les politiques fédérales et provinciales étaient aussi généreuses envers les industries propres, le paysage économique du Canada changerait en quelques années. Les emplois, il y en aurait, mais pas nécessairement dans les vieilles industries du 19e siècle.
Si le gouvernement aide les industries du passé plutôt que celles du futur, c'est qu'il est trop soumis aux pouvoirs économiques. Les partis qui ne dérangent pas le statu quo sont récompensés à coup de financement ahurissant. Vous rappelez-vous de la campagne fédérale de 2008? Nous étions inondés par des publicités qui détournaient et manipulaient la vérité sur les impacts d'une réforme fiscale à saveur environnementale. La tactique de peur a fonctionné, car ceux qui voulaient défendre la mise en place d'une telle politique n'en avaient pas les moyens.
L'économie verte n'est plus émergente, elle est prête à prendre le dessus. Mais ceux qui se nourrissent à même le statu quo économique, partis politiques et grands actionnaires, y mettent des embûches. Les éoliennes et les panneaux solaires produisent de l'énergie à des coûts comparables au reste de l'industrie de l'énergie, les voitures électriques sont rendues performantes et adaptées aux besoins des Canadiens, la capacité de recyclage est à son plus haut niveau, et pourtant rien ne semble bouger: les centres de recyclage manquent d'espace pour entreposer leurs surplus, la voiture électrique ne roule pas sur nos routes, et les projets d'extraction dans les sables bitumineux, l'emblème d'une économie décadente et destructrice, sont en pleine croissance.
Il nous faut un sérieux changement de cap au Parlement et un peu de vision à long terme, sinon c'est ma génération et celles d'après qui paieront pour les déboires de l'époque actuelle... et ça, non merci! Les membres de ma cohorte n'ont pas à être les concierges planétaires de ceux qui nous ont précédés. À y penser, j'en deviens vert pâle de nausée!
Youri Cormier, directeur national, Coalition jeunesse Sierra










