J'ai eu l'occasion de la conseiller à plusieurs reprises et même, au tout début de sa carrière politique. Ça se passait dans la cuisine de sa résidence de la rue Sherbrooke Ouest, sous l'oeil bienveillant de son époux. À la fin de la cinquantaine, après une vie et une carrière pourtant bien remplie, elle décidait de plonger dans l'arène. Elle n'y allait ni pour les honneurs, ni pour son intérêt personnel, ni pour la gloire et encore moins pour l'argent. Elle y allait par principe, par conviction. Elle s'inquiétait surtout de pouvoir faire une différence, accomplir véritablement quelque chose. C'était une femme indépendante. Rieuse, elle aimait la vie. Sérieuse, elle aimait la franchise. Responsable, elle n'a jamais perdu de vue les intérêts de la population.
Celle qui en a vu d'autres
Comme députée et ministre, Monique Jérôme-Forget était une travailleuse acharnée. Très souvent, elle arrivait au bureau bien avant tout le monde et personne ne pouvait lui en remontrer sur la connaissance de ses dossiers. Je l'ai vu diriger de main de maître des réunions avec des hauts fonctionnaires et des sous-ministres. Elle avait le don de poser la question qui tue et personne ne pouvait la mener en bateau. Ce n'était pas toujours évident et facile, mais elle plaçait son sens des responsabilités avant ses états d'âme. J'ai eu le privilège de la servir dans des dossiers comme les négociations des secteurs public et parapublic ou encore le règlement de l'équité salariale. Ces dossiers auraient eu raison de bien d'autres personnes, mais pas de Monique Jérôme-Forget. Elle a été traitée de tous les noms et plusieurs fois pendue sur la place publique par ses adversaires du moment. Elle a toujours contre-attaqué dans la dignité et souvent avec le sourire moqueur de celle qui en a vu d'autres.
Un revers pour Charest?
Constater que des commentateurs et les élus des autres partis veulent l'opposer au premier ministre me fait sourire. On voudrait que sa décision de quitter soit un revers pour Jean Charest. Cela fait partie de la joute politique. Pourtant, sa retraite n'était un secret pour personne, même pour les moins initiés. Il m'apparaît plutôt sain qu'un premier ministre ne soit pas toujours d'accord avec sa ministre des Finances et vice-versa. Ce tandem est cependant resté soudé depuis 2003 et a traversé des tempêtes au cours desquelles beaucoup d'autres auraient sombré.
Celle qu'on a appelé la dame de fer, en référence à Margareth Thatcher, aura-t-elle réalisé toutes les réformes qu'elle envisageait à son entrée en politique? Probablement pas. Plusieurs se chargeront de la blâmer pour ceci ou pour cela. Les événements des derniers mois auront sans doute mis son caractère à l'épreuve. Elle fera son propre bilan et les historiens complèteront ou rectifieront. Quoiqu'il en soit, Monique-Jérôme Forget a gardé le cap sur des finances publiques équilibrées jusqu'à l'arrivée de la crise économique. Ce n'était pas évident dans une province où la demande de fonds publics dépasse largement les capacités de payer de l'État et où les programmes gouvernementaux ont tendance à se transformer en droits perpétuels. Il faut lui en être reconnaissant et lui souhaiter une retraite dans des eaux plus calmes que celles qu'elle vient de quitter.
Richard Vigneault, consultant en communication, ex-journaliste et conseiller des premiers ministres Daniel Johnson et Jean Charest










