Michael Ignatieff, la nouvelle illusion libérale

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Michael Ignatieff, la nouvelle illusion libérale

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Le nouveau chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff

Photo Presse canadienne

Tout ce que le nouveau chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, propose aux Québécois, c'est une nouvelle illusion. Il suffit de prendre connaissance des propos tenus par le chef libéral pour réaliser qu'il se situe dans la vieille lignée libérale des Trudeau, Chrétien, Martin et Dion.

Comme gage d'ouverture, Michael Ignatieff affirme que les Québécois peuvent choisir d'être Québécois ou Canadiens, dans l'ordre qu'ils désirent. Vous pouvez bien être ce que vous voulez, nous dit-il, mais les politiques libérales, elles, seront canadiennes, point à la ligne.

Le chef libéral se targue d'avoir reconnu la nation québécoise, mais c'est pour affirmer aussitôt qu'il n'y aura aucune nouvelle concession faite au Québec. La porte du magasin général est fermée, comme aimait à le dire Jean Chrétien. Reconnaître la nation québécoise, oui, mais tant que ça ne veut rien dire. Comme s'il suffisait de reconnaître l'existence de la nation québécoise pour ensuite piétiner toutes nos différences et tous nos choix. Il y là une sorte de dédain aristocratique qui nous rappelle les coups de force contre le Québec des années 70 et 80.

Les libéraux, y compris M. Ignatieff lui-même, ont réitéré à plusieurs reprises leur hostilité envers la loi 101. En 1995, M. Ignatieff écrivait ceci: «...le Québec est un cas classique d'État ethnique en formation. Aussi longtemps qu'il demeurera à l'intérieur du Canada, sa politique linguistique peut être limitée et, dans certains cas, contrecarrée (...). Si le Québec devenait souverain, les individus perdraient cette possibilité de recours et la voie serait ouverte à la tyrannie ethnique majoritaire.» De même, les libéraux refusent d'accorder au Québec sa souveraineté culturelle et ils continuent de vouloir imposer l'idéologie canadienne du multiculturalisme au Québec.

Loin de se distancier des vieilles politiques libérales, Michael Ignatieff en remet, dans une fuite en avant qui annonce de nouvelles chicanes. Le chef libéral ne propose rien de moins qu'un gouvernement fédéral qui établira des «priorités nationales» en éducation, pour l'apprentissage, la formation et la petite enfance, quatre domaines de compétence du Québec.

Il veut aussi qu'Ottawa se mêle du transport de l'électricité, ce que même Jean Chrétien n'avait jamais osé faire. M. Ignatieff a aussi appuyé la volonté des conservateurs de créer une agence fédérale des valeurs mobilières, ce qui aurait pour effet de dépouiller Montréal au profit de Toronto. Il y a là comme un rappel de ce que les libéraux ont fait à Montréal en matière de transport aérien.

On s'attend certes à ce que les libéraux soient moins idéologiques que les conservateurs, mais, en fait, ils ne proposent que de remplacer une idéologie par une autre. Par exemple, Michael Ignatieff propose de rétablir les fonds pour le rayonnement international de la culture, mais pour «promouvoir les valeurs canadiennes». Nous avons déjà entendu un tel discours qui soumet la culture à l'idéologie libérale du «nation building» et c'était sous Jean Chrétien.

En matière de politique étrangère, si le ton est différent, il n'en demeure pas moins que Michael Ignatieff a écrit de nombreux textes qui commençaient par «Nous, les Américains...» Comme Stephen Harper, il était favorable à la guerre en Irak, il a cautionné l'usage de la torture et il a appuyé la prolongation de la mission militaire canadienne en Afghanistan.

Quant aux intérêts du Québec, lorsqu'ils sont confrontés à ceux du Canada, ils passent dans la trappe. Prenons l'exemple de l'énergie. Le Québec doit de toute urgence réduire sa dépendance au pétrole. Or, depuis 15 ans, aucun gouvernement canadien n'a agi pour réduire cette dépendance. Ni le gouvernement Chrétien, ni celui de Paul Martin, ni le gouvernement Harper. Michael Ignatieff, lui, poursuit dans la même veine en faisant l'éloge de l'industrie des sables bitumineux. Il va même plus loin, en faisant une affaire d'unité canadienne! Voilà qui démontre simplement que peu importe le chef, peu importe le parti, le Canada est devenu un État pétrolier et le Québec doit en subir les conséquences.

Confrontés à la crise, nous entendons maintenant Michael Ignatieff affirmer qu'il est urgent de bonifier le régime d'assurance-emploi. Évidemment, c'est surprenant de la part des libéraux, eux qui ont fixé les règles actuelles et pillé 50 milliards de dollars dans la caisse. Mais la véritable question, c'est: pourquoi cela a pris quatre mois au chef libéral pour soudainement ouvrir les yeux? L'accord de la coalition prévoyait déjà de bonifier l'assurance-emploi, mais M. Ignatieff l'a démantelée. Au moment du budget, nous savions déjà que le taux de chômage allait bondir, mais M. Ignatieff a choisi de voter avec le gouvernement Harper, laissant tomber les chômeuses et les chômeurs.

Vous me pardonnerez d'être sceptique devant les promesses libérales. En 2000, déjà, les libéraux avaient promis de tels changements qui ne sont jamais venus. En 1993, peu avant les élections, Jean Chrétien avait promis «un changement de cap» qui s'est ensuite transformé en démantèlement du programme d'assurance-chômage. Depuis 2007, malgré leurs hauts cris, les libéraux ont toujours soutenu le gouvernement Harper, sous Stéphane Dion comme sous Michael Ignatieff.

L'appel au changement de Stephen Harper en 2006, son fédéralisme d'ouverture, se sont avérés une illusion. L'appel au changement de Michael Ignatieff, pour le Québec, n'est qu'une illusion de plus. Nous avons démontré aux dernières élections que pour battre les conservateurs, il n'y a rien de mieux qu'un vote pour le Bloc Québécois. De même, pour éviter une autre déception, pour éviter de succomber à la nouvelle illusion libérale, le Québec peut compter sur le seul parti fédéral québécois, le seul pour qui c'est le Québec d'abord : le Bloc Québécois.

Le désir de changement est un sentiment noble et nécessaire en démocratie, mais, pour le Québec, le changement ne viendra pas d'Ottawa. Pour la nation québécoise, le véritable changement, c'est la souveraineté. Alors là : oui, tout sera possible.

Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois

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