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Et si on formait des assistants-médecins?

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Et si on formait des assistants-médecins?

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Photothèque Le Soleil

(Au premier ministre jean Charest) - La démonstration n'est plus à faire. L'accessibilité des Québécois aux soins de santé et plus particulièrement aux médecins, dans un délai raisonnable, laisse de plus en plus à désirer. Que faire?

Afin de solutionner le problème de pénurie de médecins, votre gouvernement a augmenté, depuis les dernières années, les contingentements de places dans les facultés de médecine, présumant que ce surplus de gradués viendront bientôt gonfler le nombre de médecins ayant comme lieu de pratique le Québec. Rien de très certain, malheureusement, si l'on se fie à la tendance actuelle.

Afin de faciliter l'accessibilité des patients aux médecins, votre gouvernement s'est investi dans une approche qui vise à déshabiller Paul pour mieux habiller Pierre. En voulant favoriser l'accès aux médecins en délégant de plus en plus de tâches médicales aux infirmières, vous venez ajouter au manque de soins infirmiers dans nos hôpitaux. Toujours afin de prolonger le rôle du médecin, votre gouvernement a aussi décidé d'investir dans la formation de l'infirmière praticienne, ajoutant deux années supplémentaires à sa formation de bachelière. Risquer de diminuer encore davantage la prestation des soins infirmiers afin d'augmenter la prestation médicale m'apparait contre productif. De vouloir transformer le rôle premier de l'infirmière, qui est de prodiguer des soins infirmiers, en celui d'assistante-médecin, va à l'encontre de la réalité américaine actuelle, et de la tendance qui semble se dessiner au Canada, qui est de former un professionnel de la santé, l'assistant-médecin, dont le rôle est précisément de prolonger le médecin dans sa pratique en lui permettant de voir plus de patients.

Votre ministre de la Santé est très certainement au courant du projet assistant-médecin (Physician Assistant Project) présentement en cours en Ontario, lequel est mené par le gouvernement ontarien en collaboration avec l'Université McMaster. Il est aussi au courant d'un projet similaire conduit au Manitoba et aussi mené par le gouvernement manitobain en collaboration avec l'Université du Manitoba. Il sait aussi fort probablement que l'Association médicale canadienne (AMC) est très fortement impliquée dans ce projet ayant coparrainée, en octobre 2008, le deuxième symposium sur la place et le rôle des assistants-médecins au Canada. Pour le président de l'AMC, l'assistant-médecin, de par son rôle de prolongement du médecin (physician extenders), l'aidera à trouver sa place dans le système de santé canadien à cause de la pénurie persistante de médecins.

Qu'est-ce qu'un assistant-médecin? Ce professionnel de la santé assiste le médecin et travaille sous sa direction et supervision. Les tâches spécifiques qu'il accomplit varient selon le champ d'exercice du médecin qui le supervise et du type de tâches que ce dernier lui assigne. Il agit aussi comme assistant du chirurgien au bloc opératoire, incluant la prestation des soins pré et post-chirurgicaux délégués par ce dernier.

Qu'elle est la durée de formation de l'assistant-médecin? Au Canada, tout comme aux États-Unis, la durée de sa formation universitaire est de 2 ans, comparativement à 3 ans pour l'infirmière bachelière, 5 ans pour l'infirmière praticienne et 7 ans pour le médecin généraliste. Les candidats doivent avoir un minimum de 2 ans de scolarité universitaire afin d'appliquer dans ce type de programme, ce qui représente un total de 4 ans de formation universitaire

Où travaillent-ils? Aux États-Unis, environ 75 000 assistants-médecins travaillent présentement dans le système de santé. Environ 60% d'entre eux oeuvrent dans les cliniques médicales, 20% dans les hôpitaux et 20% dans les cliniques communautaires rurales. Leur semaine de travail est d'environ 45 heures et ils gagnent en moyenne 85 000$ US. On compte environ 130 programmes de formation. La contribution de ces derniers dans le système de santé américain est fortement établie depuis 1960 et le taux de satisfaction des patients à leurs égards est égal à celui des médecins. Au Canada, les assistants-médecins ouvrent au sein des Forces armées canadiennes et plusieurs, depuis 2002, travaillent dans le système de santé manitobain. On retrouvera, en 2010, les premiers gradués du programme de l'université McMaster dans le système de santé ontarien.

Pourquoi le Québec devrait-il former des assistants-médecins? Parce que les médecins ne suffisent plus à la demande, incapable de se libérer de ses tâches secondaires pour se consacrer en priorité à ses tâches primaires et aux cas les plus complexes. Parce que déshabiller la profession d'infirmière pour mieux habiller la profession médicale n'a aucun sens. De demander à des infirmières praticiennes ayant 5 ans de formation universitaire d'agir comme assistants-médecins, alors que nous pourrions en former en 2 ans, ne s'inscrit pas dans une politique financière, éducationnelle et de gestion responsable de la part de notre gouvernement. Parce que notre manque d'accessibilité aux médecins est criant et que les Québécois en ont assez d'attendre.

Qu'en pense le gouvernement ontarien? Pour ce gouvernement, l'expérience a démontré que les assistants-médecins, aussi appelés adjoints aux médecins ou auxiliaires médicaux, aident à améliorer l'accès aux services de santé et la qualité des soins dans leur ensemble. Le recrutement de ces derniers vise à réduire les temps d'attente et à s'assurer que le bon fournisseur de soins prodigue les soins appropriés au bon moment.

Qu'en pense le directeur du programme d'assistant-médecin présentement offert à l'Université McMaster? Pour ce dernier, l'ajout de ce professionnel augmentera la capacité des médecins à voir davantage de patients. Avec l'ajout de l'assistant-médecin, vous avez deux personnes à la tâche. En partageant son travail avec son assistant, le médecin peut ainsi accomplir davantage.

Quelles sont les projections du Bureau de la main-d'oeuvre américain en regard à l'employabilité des assistants-médecins d'ici 2016? La prévision est qu'elle augmentera de façon significative parce que de plus en plus d'hôpitaux et de cliniques les embaucheront afin d'augmenter leurs services médicaux tout en contenant leurs coûts d'opération. Leur employabilité augmentera aussi par ce que ces derniers sont des membres productifs qui permettent aux médecins de voir en consultation, et de traiter, plus de patients par quart de travail, venant ainsi augmenter l'accessibilité en diminuant le temps d'attente. Pour le Bureau, la venue de la télémédecine ne fera qu'augmenter l'utilisation des assistant-médecins aux États-Unis, principalement dans les régions rurales et éloignées où le recrutement des médecins est plus problématique.

En se dotant de ce nouveau professionnel dans son réseau de santé, le Québec ferait un pas dans la bonne direction en fournissant enfin aux médecins des assistants formés sur mesure pour eux, tout en redonnant aux infirmières leur mission fondamentale et historique, soit la prestation de soins infirmiers. Le grand gagnant sera le patient qui n'aura plus à attendre des mois pour voir un médecin, sachant que son assistant est là, à l'urgence, à la clinique du coin, au CLSC de son entourage, prêt à le recevoir. Et que dirent des patients hospitalisés qui recevront enfin tous les soins infirmiers requis et auxquels ils ont droit. L'autre gagnant sera médecins et chirurgiens qui pourront enfin compter sur les services d'assistants formés sur mesure pour eux. Le dernier gagnant sera nous tous, payeurs de taxes, qui sauveront argent et temps en misant sur la formation moins coûteuse et plus rapide d'un assistant-médecin, plutôt que de miser uniquement sur la formation beaucoup plus coûteuse et longue de plus de médecins et de plus d'infirmières praticiennes.

L'histoire démontre, M. le premier ministre, que c'est en période de crise que l'innovation jaillit le plus. En espérant que votre gouvernement trouvera matière à réflexion en considérant, parmi ses solutions durables à ce problème qui ne cesse de prendre de l'importance, la formation universitaire de l'assistant-médecin.

Alain Yvan Bélanger, Ph.D, pht

Professeur à la faculté de médecine, Université Laval

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