La FFQ dit agir dans le sens de l'intégration : sur un mode de pensée qui relève plus de la psychologie de croissance personnelle que de l'intelligence politique, elle affirme que l'État, en permettant aux femmes musulmanes de porter le voile dans la fonction publique, se trouverait à «accompagner» dans leur processus d'acclimatation à la société d'accueil des femmes déjà vulnérables en raison de leur origine culturelle. Il n'y a qu'à lire le communiqué de la FFQ (9 mai): tout l'argumentaire de l'organisme repose sur l'idéologie anti-discrimination, autrement dit sur le multiculturalisme. «On doit tenir compte du croisement des multiples discriminations subies par les femmes issues de groupes ethnoculturels et racisés, discriminations qui les contraignent à des situations de vulnérabilité et d'exclusion encore plus importantes que pour l'ensemble des femmes.» Interdire le voile équivaudrait à une «stigmatisation» de plus, nous dit la FFQ, ce qui pourrait entraîner un «repli identitaire de certains groupes minoritaires dans la société».
La FFQ, dans le sillage de la doctrine multiculturaliste, se plaît à évoquer le «devoir de tolérance» pour justifier son refus obstiné de juger les pratiques culturelles et religieuses extra-occidentales. Cette tolérance qui se refuse à nommer le réel, au prétexte d'éviter les «stigmatisations», n'est pas la tolérance que nos démocraties libérales ont appris à chérir et à défendre. C'est une «tolérance» qui fait le nid de l'acceptation indifférenciée des coutumes et des moeurs, parmi lesquelles il s'en trouve pour être radicalement incompatibles avec les nôtres.
Plusieurs Québécoises ont reçu avec émotion la décision de la FFQ, et cela se comprend. Elles ont eu tôt fait de brandir les valeurs féministes, d'évoquer les «luttes passées» et l'ancienne tutelle de l'Église, dont elles ont réussi depuis longtemps à se libérer. Elles emploient ainsi un langage prévisible qui est loin d'être adéquat à la nouvelle réalité. Leur ennemi le plus sérieux, ce n'est pas le «machisme», le «système patriarcal» ou encore les «curés», mais bien le multiculturalisme. Les féministes outrées peuvent bien continuer à employer le même langage si elles veulent, mais elles doivent comprendre qu'elles se condamnent ainsi à l'impuissance face aux avancées de l'islam politique. L'idéologie islamiste, bien qu'imprégnée de caractéristiques patriarcales et machistes, est d'abord soutenue par le multiculturalisme. Le multiculturalisme, en comparaison du machisme, n'est pas ce qui choque les féministes à première vue; il est pourtant infiniment plus dommageable du point de vue politique.
La FFQ n'est pas la première institution québécoise à se retourner contre la société québécoise au nom du multiculturalisme. Elle n'est sans doute pas la dernière. Des cours d'histoire aux cours de «culture religieuse», en passant par la liberté des femmes, un ennemi commun se profile: l'idéologie multiculturaliste. Le plus tôt les Québécois l'auront compris, le plus tôt ils pourront redevenir maîtres de leurs institutions et de leur destin.
Carl Bergeron, directeur du journal en ligne L'Intelligence conséquente
Montréal
















