En réduisant l'explication étiologique à la seule présence d'un agent pathogène, il est tentant d'expliquer la forte incidence d'une maladie par des considérations génétiques faisant écho à la race. Quelles que soient les maladies qui ont frappé les Autochtones, le rôle de l'agent pathogène a toujours été exagéré. En fait, pour comprendre l'agressivité d'un agent pathogène comme le virus A H1NI il est essentiel de prendre en compte les profondes transformations qui ont traversé les sociétés autochtones et, surtout, les conditions de vie, sociales et économiques qui prévalent, aujourd'hui.
Au cours des années 1930, la tuberculose fut une figure métaphorique par laquelle s'exprima le destin inéluctable de l'autochtone. Des scientifiques annoncèrent même, à mots à peine couverts, la disparition prochaine des Autochtones puisqu'ils ne possédaient pas les défenses naturelles pour lutter contre la peste blanche.
Je ne suis pas un adepte des explications voulant que le pauvre portrait de santé des autochtones, tout comme leur vulnérabilité face au virus A H1N1, soit en grande partie attribuable à leur génétique pas plus que de la posture proposant que les services de santé en milieu autochtone soient insuffisants et inférieurs à ceux offerts aux Québécois et Canadien en général. Pour comprendre la vulnérabilité des autochtones à un virus comme le A H1N1 nous devons nous poser des questions considérant bien sûr la culture et la biologie, mais aussi les événements historiques, les politiques, les facteurs socio-économiques, ainsi que la nature de l'État canadien, de la société canadienne et de la société autochtone. L'enfermement des autochtones dans des réserves, la perpétuation de discours, endogènes et exogènes, nourrissant l'exclusion sont des éléments bien plus pathogènes que le virus A H1N1 lui-même. Et que dire de tous ces autres facteurs constituant le riche bouillon de culture où prolifèrent toutes sortes de virus, bactéries et parasites : l'enfermement dans des réserves surpeuplées, la promiscuité dans des maisons où s'entassent très souvent des familles nombreuses et élargies, l'absence de travail et de perspective d'avenir, le tabagisme, l'alcoolisme, l'obésité morbide résultant de choix alimentaires lourdement chargés de symboliques donnant l'illusion d'une inclusion dans la modernité... Nombreuses sont les causes pouvant contribuer à l'affaiblissement du système immunitaire des autochtones vivant principalement sur réserve. Voilà quelques-uns des facteurs qui contribuent généreusement à accueillir bras et tractus respiratoire ouverts, le virus A H1N1 dans un grand nombre de réserves.
Urgence d'agir
Bien sûr, il sera urgent d'offrir, rapidement, à tous les membres des Premières Nations vivant sur réserve, le vaccin contre le virus A H1N1 dès que celui-ci sera disponible. Le plus tôt sera le mieux et je suis assuré que les services de santé disponibles dans les communautés sauront répondre rapidement et professionnellement aux exigences d'une telle campagne de vaccination. Et après, que se passera-t-il? Est-ce que les scientifiques des milieux de la santé s'impliqueront politiquement, comme le fit par exemple Ren Dubos, pour condamner les conditions sociales, économiques et politiques qui contrient au mauvais état de santé des autochtones. La menace de la contagion étant passée qui se souciera du sort des autochtones ? Ce ne sont pas des pilules et des vaccins qui viendront à bout de ces maux profonds, mais bien des gestes politiques. Par exemple, si le Canada signait la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones adoptée par l'Assemblée générale le 13 septembre 2007, peut-être contribuerait-il à ce qu'un prochain virus trouve un terreau moins fertile. Peut-être que si la fin de l'existence même des réserves était sérieusement mise à l'ordre du jour des milieux politiques autochtones et non autochtones, peut-être que des virus comme le A H1N1 ne trouveraient plus dans leur trajectoire, des ghettos de culture.
Bernard Roy
Professeur agrégé, Faculté des sciences infirmières, Université Laval
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