La légalisation de l'euthanasie changerait radicalement la société. L'interdiction de s'entretuer est la pierre angulaire du droit et des relations humaines, accentuant notre égalité respective, soit l'un des fondements essentiels de la démocratie. Dans le monde d'aujourd'hui, où prime l'individualisme exacerbé, où les valeurs partagées disparaissent, enlever cette prohibition serait particulièrement dangereux.
Il est très difficile de contrôler la pratique de l'euthanasie légalisée. Comme l'expérience aux Pays-Bas le démontre, les restrictions et les mesures de sauvegarde sont souvent contournées, et les circonstances dans lesquelles l'euthanasie est permise ne cessent de s'étendre. Ainsi, à l'automne 2008, l'infanticide (le meurtre d'enfants demandé par leurs parents) est devenu légal aux Pays-Bas, avec la mise en oeuvre du «Protocole de Groningen».
Aujourd'hui, la douleur intraitable devient chose rare. Si de tels cas se présentent, la «sédation palliative» (sommeil induit) peut être utilisée. Une meilleure formation des professionnels de la santé en gestion de la douleur viendrait régler certaines difficultés actuelles (cela présuppose que des budgets suffisants y soient consentis).
Or, les soins palliatifs, et même les soins curatifs, sont les premières victimes de la légalisation de l'euthanasie. Là où l'euthanasie a été légalisée, les budgets affectés aux soins palliatifs, aussi appelés «soins de confort» (par exemple, traitement de la douleur, atténuation des symptômes), et même aux soins curatifs, ont connu des compressions importantes, à un point tel que, par exemple, le suicide assisté est couvert mais pas les traitements de chimiothérapie (Orégon, États-Unis).
La légalisation de l'euthanasie changerait radicalement le monde de la médecine. Les études montrent que nous avons un instinct naturel qui nous empêche de tuer nos frères humains et que pour ce faire nous devons les déshumaniser. Ainsi, l'euthanasie créé une situation où l'instinct des médecins de ne pas tuer doit être «cassé», et les patients, déshumanisés. Comme l'histoire nous le montre, il s'agit là d'avenues très dangereuses à emprunter. En outre, là où l'euthanasie a été légalisée, les patients deviennent fort appréhensifs des protocoles de traitements et les refusent ; plusieurs médecins trouvent les patients tellement difficiles à traiter qu'ils quittent leur pays pour aller pratiquer ailleurs, là où les liens de confiance n'ont pas été brimés par la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. D'autres médecins quittent leur pays parce qu'ils sont forcés de tuer les patients contre leur gré (contre le gré du médecin et/ou sans le consentement ou la demande du patient) ;
En somme, les risques et les conséquences pour la société de légaliser l'euthanasie sont beaucoup plus importants que tout bénéfice éventuel que quelques personnes pourraient en retirer. Investir davantage dans les choix affirmatifs de la vie, dans la solidarité et l'entraide, demeure la voie la plus salutaire pour le mieux-être tant de la société dans son ensemble que des individus qui la composent. Semons la vie et nous récolterons la santé et la vie. Semons la mort et nous récolterons la maladie et la mort. Le rouleau compresseur est à nos portes.
Isabelle Bégin, Gatineau










