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Des propos empreints de mythes et de préjugés

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J'ai pris connaissance, avec indignation et déception, du dossier portant sur l'évaluation des enseignantes et enseignants publié les 5 et 6 septembre derniers dans Le Soleil. Ma réaction tient pour beaucoup aux préjugés qui y sont véhiculés gratuitement et qui entretiennent des mythes à l'égard des quelque 60 000 enseignantes et enseignants que représente la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ). Cela traduit une mauvaise connaissance non seulement de la profession enseignante, mais également des règles législatives et organisationnelles de l'école, règles que j'aurais cru mieux connues de la part de certains porte-parole ou experts rencontrés lors de ce reportage. Rectifions donc quelques faits.

Le travail des enseignantes et enseignants est évalué

On peut lire dans l'un des articles du 5 septembre qu'un stagiaire est évalué une seule fois avant d'obtenir sa permanence et que le tour est joué pour les 20 ou 30 prochaines années. On laisse aussi supposer qu'une fois la permanence obtenue, l'évaluation n'existe plus. Pour l'obtention du baccalauréat en enseignement qui comporte quatre années d'études et différents stages évalués à chacune des années, le futur enseignant doit terminer par un stage d'une durée de quatre mois. Pendant ce stage, il est observé et évalué par la direction, par son maître associé et par le superviseur de l'université, lesquels portent tous un jugement continu sur son travail.

Par ailleurs, il faut rappeler que plus de 44% des enseignants de commissions scolaires sont à statut précaire ; qu'ils travaillent donc «à contrat» et sont évalués chaque année, avec tout ce que cela suppose d'insécurité. Considérant ce taux de précarité, on comprendra que lorsque l'inaptitude est plaidée, la pratique du non-rengagement est franchement plus courante que le congédiement en cours d'année ou que la très exceptionnelle révocation du brevet.

L'ancienneté ne définit pas le champ d'enseignement

Un interlocuteur avance aussi qu'un enseignant peut «enseigner une matière pour laquelle il n'est pas formé s'il a plus d'ancienneté que ses collègues spécialisés». Cette affirmation est complètement fausse. L'ancienneté d'un enseignant ne vaut que pour son champ d'enseignement et, s'il veut enseigner une autre matière, il doit satisfaire les critères de capacité que la commission scolaire est chargée d'appliquer.

Tout est en place pour gérer lesdits cas «d'incompétence»

Rappelons que de nombreuses règles balisent l'exercice de notre travail : le lourd encadrement législatif, la formation universitaire et la qualification légale requises pour devenir enseignant, l'évaluation du travail des stagiaires, la mise à jour annuelle des connaissances en cours d'emplois ; tous ces éléments permettent d'assurer un enseignement de qualité. De plus, une procédure disciplinaire est prévue aux conventions collectives. Il appartient, en outre, à la direction d'école, sous l'autorité du directeur général de la commission scolaire, de s'assurer de la qualité des services éducatifs dispensés à l'école.

Oui à l'évaluation de l'enseignement

La démarche d'évaluation de l'enseignement vise le maintien et l'amélioration de la qualité de l'intervention pédagogique et non la sanction du personnel enseignant. Cette démarche est un exercice continu et intégré au fonctionnement de l'établissement.

Soulignons que la formation à l'enseignement nous prépare à l'autoévaluation et à l'analyse réflexive. Rien n'empêche que cette autoévaluation soit suivie d'une phase d'accompagnement pédagogique faite dans un esprit d'ouverture, de soutien ou de validation. Mais surtout, l'évaluation doit être institutionnelle, c'est-à-dire qu'elle doit évaluer l'ensemble du projet de l'école et tenir compte des particularités du milieu.   

Pour valoriser la profession enseignante

Il semble établi que tous veulent valoriser la profession enseignante. Bravo et tant mieux ! Mais ça commence par le respect des enseignants et par la non-ingérence dans leur profession. Ça commence aussi par la reconnaissance de leur autonomie professionnelle et de leur expertise, et surtout, par l'écoute et l'appui au quotidien.

Ce dossier me fait constater l'ampleur du travail à accomplir dans nos milieux pour établir un dialogue d'égal à égal et passer outre aux hiérarchies du réseau. Si l'on veut réellement valoriser la profession enseignante, il faut d'abord cesser de répandre des faussetés et d'alimenter le mépris.

Manon Bernard, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ)

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