Le rôle de l'armée est de préserver la paix, le projet proposé convient donc au site. En modernisant l'actuelle place George V, en place de la Paix, on affirme clairement une valeur universelle. On agit également en continuité avec l'histoire du site et en respect de ses occupants.
L'impact d'éléments majeurs structurant de ce genre, porteurs de sens, mêmes isolés, sans solution complète et finale, est majeur et vient bonifier la réflexion. Ces éléments majeurs structurants, qu'on limitera ici au nombre de trois, sont: une grande place de la Paix, un nouvel accès aux plaines d'Abraham et une nouvelle plate-forme, derrière l'actuel Manège militaire, pouvant s'intégrer à la promenade existante des plaines d'Abraham.
Le Manège militaire incendié
La ville de Québec a brûlé à tout moment. En 1682, la ville a presque été anéantie par le feu. 1845, tout le faubourg Saint-Jean brûla. Même lors de la reconstruction de 1760, suite aux bombardements de l'armée anglaise, on en profita pour modifier et agrandir certaines maisons et certains bâtiments. Les villes s'inscrivent dans un processus dynamique, elles ne sont pas figées. Il est donc légitime de réfléchir sur l'usage du site et des bâtiments qu'il comporte.
Porte d'accès aux Plaines
Le geste décisif est de ne pas reconstruire l'aile est du Manège militaire endommagée lors de l'incendie et d'ouvrir une percée sur les plaines d'Abraham. L'accès aux Plaines peut maintenant se faire en lien direct avec la rue Georges V Est qui pourrait, elle aussi, être reconsidérée et intégrée dans l'aménagement de la future place de la Paix. Le bâtiment, dépourvu de l'aile est, en toute cohérence, reprendrait ainsi la symétrie des plans d'origine de l'architecte Eugène Taché (ce qu'i faut saisir ici est que le bâtiment actuel est asymétrique et ne respecte pas totalement les plans d'origine).
En raison des différents enjeux, ce geste demeure relativement contrôlé et conservateur. Cependant, il est assez franc et direct pour permettre la redéfinition complète du site : on ouvre une percée stratégique sur les plaines d'Abraham en préservant l'option de reconstruire le Manège militaire à l'identique (aile est exclue) ou de le reconvertir.
Nations Unies
Les portes de l'Assemblée générale des Nations Unies, à New York, ont été conçues par Ernest Cormier, architecte (Université de Montréal, Cour suprême du Canada, etc.). Ce n'est pas rien. La rue Georges V Est, en lien direct avec la nouvelle porte des plaines d'Abraham, pourrait être renommée et intégrée à l'ensemble pour symboliquement marquer ce point d'entrée sur ce qu'il est toujours convenu d'appeler «Les champs de batailles». Les futurs concepteurs des lieux pourront aisément développer ce thème des Nations Unies et du travail de Cormier, pour définir un véritable point de passage et de contrôle de la nouvelle place de la Paix aux plaines d'Abraham : une grande porte d'accès aux Plaines d'Abraham.
Le parvis des Plaines d'Abraham
De l'autre côté du Manège militaire reconstruit ou reconverti en d'autres fonctions, il faudrait déployer, avec envergure, une large plate-forme de granit comme lieu d'observation, de transition et de rassemblement. Nous sommes sur l'un des sites historiques les plus importants d'Amérique du Nord. Il faut reconnaître et affirmer cette importance du lieu. Le belvédère Kondiaronk du chalet du Mont-Royal, à Montréal, par exemple, donne un aperçu de ce que devrait être une telle plate-forme. Cette plate-forme deviendrait un lieu de convergence important pour les plaines d'Abraham : un large «parvis» qui donne sur le paysage des plaines, en lien direct avec la place de la Paix. Un parvis qui forme une limite claire entre la ville et la nature.
Place de la Paix
Conclusion : Une grande place de la Paix, une porte d'accès aux plaines d'Abraham, s'inspirant du travail d'Ernest Cormier aux Nation Unies, et un large parvis comme limite entre la ville et la nature est l'essentiel de cette proposition.
L'implantation du Manège militaire sur son site actuel doit être remise en question. La place George V, doit être reconsidérée dans son ensemble et renommée pour la transformer en un lieu public rassembleur et universel, un projet qui convient au site et porteur de sens: une grande place de la Paix à Québec.
Mario Jobin, architecte
L'auteur a pratiqué l'architecture à Hong Kong, Shenzhen, Chicago, El Paso, New Delhi et Montréal.
NOTE : Article dédié à :
Charles Jobin : 2e Guerre mondiale, guerre de Corée
Alfred Laberge : 2e Guerre mondiale (bataille de Hong Kong)
Paul Bernier : 2e Guerre mondiale









