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Pour de l'énergie rentable

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Si l'hydroélectricité québécoise n'est pas reconnue en tant... (Photothèque La Presse)

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Si l'hydroélectricité québécoise n'est pas reconnue en tant qu'énergie verte et renouvelable, les ventes aux États-Unis de La Romaine et autres projets ne sont pas rentables

Photothèque La Presse

Le premier ministre Jean Charest nous apprenait récemment qu'il quémandait, auprès de ses collègues gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre, la reconnaissance de l'hydroélectricité québécoise en tant qu'énergie verte et renouvelable. Une démarche assez pathétique mais qui éclaire un enjeu somme toute fort simple: si l'hydroélectricité n'est pas reconnue comme telle et donc subventionnée, nos ventes aux États-Unis de La Romaine et autres projets ne sont pas rentables.

Pourquoi? Tout simplement en raison des coûts pharamineux des projets hydroélectriques québécois actuels, de nos gigantesques surplus qui font chuter les prix, de la récession qui réduit la demande et des dizaines de milliards de dollars investis en trois ans aux États-Unis dans les économies d'énergie. Les Américains n'étant pas fous, ils négocieront à la baisse une production qui nous coûte les yeux de la tête. Serions-nous en train de produire de l'électricité non-rentable? Selon toute vraisemblance, oui. Qui devra payer la différence de coûts? Nous. Qui subira les impacts? Encore nous.

En effet, la fameuse diminution des gaz à effet de serre (GES) amenée par l'hydroélectricité passe sous silence les impacts environnementaux majeurs de notre insatiable manie de harnacher toutes nos rivières. Ainsi, par la seule production de méthylmercure, nous allons à l'encontre des efforts mondiaux pour bannir ce neurotoxique puissant. Sans compter notre perte de biodiversité. Les rivières ont déjà dépassé leur capacité de donner à de seules fins énergétiques sans mettre en péril des industries viables telles que la pêche commerciale.

Avecénergie.org, de Fondation Rivières et Nature Québec, mise sur des scénarios plus verts qui produisent moins de GES que nos constructions de barrages. Plus encore, c'est un véritable projet de société que nous proposons, créant plus d'emplois rapidement. Un million de projets à 8 000$, dans toutes les régions du Québec, au lieu d'un seul projet, la Romaine, à 8 milliards de dollars. Avec, à la clé, une diminution des factures d'électricité pour les citoyens et les PME québécoises, préservant ainsi leur compétitivité.

Changer le chauffage

Aujourd'hui, il est possible d'équiper en géothermie une maison familiale à partir de 20 000 dollars, ou moins s'il s'agit d'unités de multi-logements neufs. À terme, en économisant 60 à 70% d'électricité, la géothermie est bien moins coûteuse que le chauffage à la plinthe électrique. D'ailleurs, c'est le calcul gagnant qu'a effectué le Manitoba en installant, au prorata de la population, 20 fois plus de pompes géothermiques par année, en soutenant financièrement ses citoyens.

Le solaire thermique libèrerait des milliards de kilowattheures peu coûteux. La technologie est prête, le Québec est plus ensoleillé que les leaders mondiaux: le Japon et l'Allemagne. En installant un chauffe-eau solaire par résidence, on économiserait un projet la Romaine et demi, à peu de frais. Ceci permettrait d'exporter, à un moindre coût de production, des milliards de kilowattheures économisés (jusqu'à 12 TWh dans les résidences seulement). Extrêmement rentable pour Hydro-Québec et les citoyens. Imaginez, par exemple, la réduction de facture pour un Centre de soins de personnes âgées.

L'éolien nationalisé

S'il faut produire de l'électricité verte, le Québec a suffisamment de vent pour multiplier par 100 la quantité d'électricité actuellement produite par Hydro-Québec. Fondation Rivières a proposé un scénario éolien nationalisé en alternative au projet de la Romaine, au nord de Havre-Saint-Pierre, où se trouve la meilleure ressource éolienne, à la hauteur de la Baie James et dans les régions de Bersimis-Outardes-Manic et de la Côte-Nord, où la densité de population est très faible.

Or, il appert, selon notre scénario éolien, que l'investissement de l'État serait de 25 % moins coûteux et générerait bien plus de retombées économiques et d'emplois régionaux que la Romaine. Mais plus important encore, les retombées seraient au bénéfice des Québécois, contrairement à l'éolien privé développé aujourd'hui à fort prix au seul profit d'actionnaires privés. Jusqu'à ce jour, ni Hydro-Québec, ni le gouvernement Charest n'a démenti notre scénario.

Le gouffre financier des Romaine, Magpie et autres

Les  projets hydroélectriques peu coûteux ont déjà été réalisés et les projets actuels, Romaine, Magpie et Petit Mécatina, sont de véritables gouffres financiers. Avecenergie.org le démontre clairement: les projets hydroélectriques actuels, de plus de 11 cents par kilowattheure (kWh), sont au moins cinq fois plus coûteux que le complexe La Grande par kWh et au moins 30 fois plus que Churchill Falls, d'où  nous tirons l'essentiel des profits d'Hydro-Québec.

Les nouveaux projets hydroélectriques sont tellement coûteux qu'il est vraisemblable qu'ils mènent à une baisse importante des revenus d'Hydro-Québec et ce, sans même compter les dépassements de coûts prévisibles. Dans l'état actuel du marché, les exportations n'approchent même pas les coûts de construction des nouveaux ouvrages et ce, selon plusieurs experts.

Sur avecenergie.org, Fondation Rivières et Nature Québec proposent du travail dans toutes les régions du Québec, un respect des écosystèmes qui assurent notre survie et une fierté québécoise retrouvée. Nous réclamons au gouvernement québécois le soutien financier et les actions urgentes requises pour que les citoyens et les PME suivent, eux aussi, le mouvement nord-américain vers la réduction de la consommation d'énergie et de nouvelles sources plus durables. Des mouvements qui sont soutenus massivement par les gouvernements. Pas ici.

Il est temps de transformer un désastre énergétique annoncé en un succès social, tel que nous l'avons réussi dans les années soixante, précisément en maîtrisant notre énergie. Imaginez le développement d'une industrie de dizaines de milliers de travailleurs en géothermie, en solaire thermique, en biomasse, en biogaz et en éolien.

La décision est entre nos mains. Mobilisons-nous.   

Anne-Marie Saint-Cerny, Directrice de la Fondation Rivières

Montréal

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