D'ailleurs, n'est-il pas raisonnable de se demander comment une religion, digne de ce nom, pourrait aller à l'encontre de ce principe ontologique en restant insensible à l'injustice envers les femmes? On pourrait aussi se demander au nom de quoi les accommodements religieux prétendent être recevables dans la sphère étatique? Au nom d'une tradition? Mais il y a des options spirituelles dont l'humanisme, qui sont tout aussi traditionnelles et respectables, sinon plus, n'ayant pas le sang des guerres de religions sur les mains. Au nom de quoi accorder des accommodements religieux et non pas des accommodements pour option spirituelle? Le seul pseudo argument des religions, pour prétendre à des accommodements, c'est leur prétention à la Vérité Absolue. Et voilà le tour est joué! La religion devient intouchable! Comme si le fait d'invoquer la Vérité Absolue la rendait telle.
Privilégier la religion parce qu'elle prétend à la Vérité Absolue, c'est un relent de théocratie. L'histoire nous enseigne que plus une société est théocratique moins elle est démocratique. Avec le projet de loi 16, les demandeurs d'accommodements religieux reçoivent, sur un plateau d'argent, l'obligation pour les institutions de tenir compte de leurs demandes. C'est un encouragement direct à contourner et narguer les valeurs consensuelles québécoises, en particulier celle de l'égalité des sexes, pour y mettre au-dessus, ses pseudos Vérités religieuses absolues.
Ce qui est le plus aberrant dans le projet de loi 16, c'est que non seulement on puisse faire tout ça subrepticement, en promouvant les ententes en catimini, mais que ce soit la façon normale de procéder. Et l'on invoque, lorsqu'on est à court d'argument, le prétexte du petit nombre de demandes, comme si un seul cas, n'attentait pas au principe même, que nous voulons défendre. Moi, je dis non au projet de loi 16; je veux continuer à vivre dans une démocratie, pas dans une théocratie.
Gisèle Filion, Montréal










