Disons, d'entrée de jeu, que je suis favorable au maintien de l'école privée, ayant été moi même formé dans ce contexte aux États-Unis. Cependant, les écoles privées aux USA ne bénéficient d'aucune subvention gouvernementale directe, qu'elles soient confessionnelles ou non. Par exemple, le diocèse de Chicago maintient un réseau de 272 écoles catholiques romaines. À l'heure actuelle, les frais de scolarité pour mon alma mater calviniste dépassent les 9000$ annuellement; l'élite, comme le Chicago Lab School (des enfants Obama), demande de 18 000 à 24 000$. Néanmoins, les écoles privées sont toujours très recherchées aux USA.
Même les universités publiques des États-Unis exigent des frais de scolarité beaucoup plus élevés que les 2500 à 3000$ payés par les étudiants québécois, e.g. SUNY-Plattsburgh à (8038$), Illinois-Chicago (14 034$) et California-Berkeley (8 328$). Faire payer les étudiants, les plus grands bénéficiaires de la formation universitaire, un juste prix pour leur éducation générerait des économies importantes pour l'État, puis favoriserait une revalorisation de l'enseignement supérieur (pourquoi valoriserait-on un service qui est pour ainsi dire gratuite?) Les «payeurs de taxe» assument tout simplement une part difficilement justifiée des coûts de l'enseignement.
Performance dans les deux réseaux
Il en va ainsi pour le financement de l'école privée. Les premiers bénéficiaires en sont les parents et les étudiants, non pas les «payeurs de taxes» en général. Si on augmentait les frais de scolarité vers les 10 000$ par année, des écoles reconnues «excellentes» dans les palmarès de l'Actualité seraient peu affectées - il y aurait toujours des étudiants qui rechercheraient le meilleur enseignement possible. Pour pouvoir survivre à long terme, les écoles privées de moindre qualité devraient innover et augmenter radicalement leur performance, favorisant ainsi une plus grande compétition avec les écoles publiques pour attirer la clientèle rendue vulnérable par l'escalade des prix. Le nombre d'écoles «performantes» augmenterait dès lors dans les deux réseaux.
Pour les raisons évoquées par les partisans de l'école privée, il faudrait viser un retrait progressif du financement du secteur privé, portant ainsi le fardeau sur les parents qui tiennent mordicus à ce type d'enseignement. Par exemple, le gouvernement pourrait diminuer la subvention de 60% à 55% pour tous les élèves qui rentrent en 2010, puis de 5 % toutes les années subséquentes. La première cohorte non subventionnée entrerait donc à l'école privée en 2022; autour de 2030, l'école privée perdrait entièrement la subvention gouvernementale. Une telle approche permettrait aux écoles privées d'ajuster leur tir sur une période d'environ vingt ans, tout comme les parents qui seraient obligés de faire de la planification financière pour maintenir leurs enfants à l'école privée.
Par ailleurs, comme la subvention serait rattachée à l'élève, les écoles privées travailleraient davantage à garder leurs élèves en difficulté plutôt que de les renvoyer à l'école publique.
Si l'on souhaite que le Québec sorte des derniers rangs de la performance scolaire en Amérique du Nord, les petites améliorations annoncées par le gouvernement risquent fort de ne pas réussir. À mon avis, «It's time to think outside the box!»
Calvin Veltman, Ph.D., professeur titulaire (retraité), ÉSG-UQAM
Montréal
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