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Le droit à une éthique humanisante

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L'auteur soutient que le droit inaliénable à une... (Photothèque Le Soleil)

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L'auteur soutient que le droit inaliénable à une éducation humanisante précède et transcende tout autre apprentissage, qu'il soit culturel, social, religieux, politique ou économique.

Photothèque Le Soleil

(En réplique au billet du Cardinal Marc Ouellet, re: «L'éducation à la liberté fonde la démocratie») - En tant qu'éducateur, j'aimerais réagir au billet du cardinal Marc Ouellet du 11 octobre 2009. Ce dernier vise avant tout à justifier l'exemption des élèves de foi catholique du programme Éthique et culture religieuse, au nom de la liberté. Cette position s'avère être inacceptable, parce qu'elle prive ces jeunes de leur droit à une éthique humanisante et renforce les divisions ethnoculturelles déjà présentes au Québec. D'autre part, le contenu actuel du programme Éthique et culture religieuse est également inacceptable puisque l'éthique proposée est non fondée et insuffisamment développée par rapport à la culture religieuse. Nous proposons au peuple québécois une troisième voie qui respecte le droit naturel de tous les enfants et adolescents à une éthique humanisante.

 

Le propre de l'humain

De tous les êtres vivants, seuls les êtres humains sont capables de prendre conscience qu'ils sont, de par leur nature même, leur propre fin. C'est pourquoi ils ont fait de la vie humaine leur valeur absolue, digne du plus grand respect, et le fondement de l'humanisme et de la Charte des droits et libertés de la personne. Les humains ne veulent pas uniquement vivre, mais vivre heureux. Ils aspirent naturellement au bonheur parce que tous leurs systèmes d'information sont fondés sur la dualité plaisir/douleur, satisfaction/insatisfaction, beau/laid, vrai/faux, bien/mal, bonheur/malheur.

 

Cependant, le bonheur et la survie des humains dépendent de la satisfaction de leurs besoins, désirs et aspirations. Or, le nouveau-né est totalement inconscient que sa capacité à les satisfaire repose sur l'actualisation du merveilleux potentiel d'humanité qu'il a hérité dans son patrimoine génétique. C'est pourquoi les enfants et les adolescents ont un droit naturel aux connaissances, pratiques et conditions favorables à leur processus d'humanisation. Ce droit inaliénable à une éducation humanisante précède et transcende tout autre apprentissage, qu'il soit culturel, social, religieux, politique ou économique. L'enfant étant sa propre fin, il s'appartient. Il n'appartient donc pas à la famille, ni à l'Église, ni à l'État et encore moins au marché. Les adultes n'ont tous à son égard que des responsabilités, dont la plus importante est de faire respecter son droit naturel à une éducation et à une éthique humanisantes. Ne pas respecter ce droit est le premier crime contre l'humanité parce que tous les autres en découlent directement ou indirectement.

Responsabilité d'une éducation démocratique

Pour respecter ce droit, les démocraties, si elles ne veulent pas imploser sous les tensions générées par les différences culturelles, doivent fonder l'éducation obligatoire sur une conception naturelle, complexe et scientifique de l'être humain et ses exigences de bon développement et de bon fonctionnement dans ses rapports avec la réalité, l'environnement, la vie, lui-même, autrui, la société et l'humanité. Cela implique d'une part, d'aider les membres de chaque nouvelle génération à actualiser au moment opportun les dimensions écologique, corporelle, sensuelle, sexuelle, affective, esthétique, mentale, sociale et morale de leur être.

D'autre part, l'école obligatoire a la responsabilité de transmettre aux membres de chaque nouvelle génération une éthique qui leur propose les valeurs, les principes et les normes pouvant les unir et les guider dans leurs comportements tant individuels que collectifs. Or, cette éducation et cette éthique pour être universelles et s'appliquer à tous les citoyens doivent être fondées sur la commune nature des êtres humains et leurs exigences de bon développement et de bon fonctionnement et non pas sur leurs différences culturelles.

Deux conceptions irréconciliables

Malheureusement, le programme indigeste d'Éthique et de culture religieuse offert depuis septembre 2009 aux enfants et aux adolescents du Québec ne respecte aucunement ce droit inaliénable de tous les humains, non pas à une éthique christianisante, judaïsante ou islamisante, mais simplement humanisante. Le cardinal Ouellet est malvenu de critiquer ce programme bâtard d'Éthique et de culture religieuse, qui n'est que le résultat du lobby religieux qui a forcé la main des fonctionnaires du ministère de l'Éducation à intégrer dans un même programme deux conceptions irréconciliables du monde, de la vie et de l'humain. Voilà pourquoi les croyants comme les incroyants sont insatisfaits de cet amalgame de récits mythico-religieux et d'une éducation à la citoyenneté sans fondement qu'on veut faire passer pour un programme d'éthique.

 

Le catholicisme a imposé au Québec sa pensée unique durant plus de quatre cent ans. Son chef, le cardinal Ouellet, accuse aujourd'hui les élus du peuple Québécois «d'une pensée unique qui impose sa loi» parce qu'ils ont osé mettre fin au monopole injuste et antidémocratique de son Église sur l'école québécoise. Une telle réaction de sa part ne surprendra certainement pas les Québécois, mais les laissera sûrement songeurs quant à l'idée que le cardinal se fait de la démocratie, de la laïcité et de la liberté.

                                                           

Gaston Marcotte, professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval

Président-fondateur du Mouvement Humanisation

Québec

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