Pour Jean Charest, le meilleur exemple de ce que veut dire le Plan Nord, c'est le projet Romaine. Le plus gros chantier au Canada et l'un des plus importants du monde, le projet comprend quatre barrages et une douzaine de digues qui noieront quelques 235 kilomètres de rivière sous des réservoirs assez profonds pour submerger sur toute sa hauteur l'édifice d'Hydro-Québec à Montréal. Or, il suffit de se remémorer le climat de méfiance dans lequel a été négocié ce projet pour se rendre compte qu'il reste beaucoup de chemin à faire avant de parvenir à un véritable partenariat avec les populations locales dans le développement du Nord québécois. De même, pour ce qui concerne la protection de l'environnement, le gouvernement a clairement des preuves à faire. À cet égard, le projet Romaine fera figure de test. Entre autres, il sera l'occasion pour le gouvernement de démontrer son respect de l'environnement par le respect des recommandations émises par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, le BAPE.
Dans son rapport d'examen du projet Romaine, le BAPE concluait qu'il «serait opportun que le gouvernement prévoie, dans son plan de développement économique des ressources du Nord québécois et de protection du territoire à des fins écologiques, la protection de milieux analogues à ceux visés par les grands projets. Ainsi, simultanément au développement hydroélectrique, des rivières pourraient faire l'objet d'une protection patrimoniale.»
Plus spécifiquement, la commission d'examen était d'avis que «le développement de rivières à des fins hydroélectriques sur la Côte-Nord devrait être accompagné de la protection, dans la région, d'un patrimoine naturel qualitativement et quantitativement équivalent sur le plan de la richesse écosystémique, paysagère et récréative. Considérant que la rivière Romaine, par ses eaux vives, possède des qualités valorisées indéniables qui contribuent au patrimoine paysager et récréatif des rivières de la Côte-Nord, la commission d'enquête est d'avis que, si le projet se réalise, il faudrait protéger une rivière de la Côte-Nord d'un gabarit similaire et offrant des qualités esthétiques et récréatives semblables selon les critères reconnus en la matière.»
LA rivière à protéger
Comme l'ont souligné plusieurs médias nationaux, la rivière à protéger, on le comprend bien en lisant le rapport, c'est la Magpie. D'ailleurs, l'idée n'est pas nouvelle. La recommandation récente du BAPE fait écho à des avis émis par le BAPE en 2004 et en 2006 en faveur d'un «statut de protection qui permette d'en préserver intégralement le caractère sauvage et son potentiel récréotouristique reconnu internationalement».
La Magpie est l'une des rares rivières qui partagent avec la Romaine ce gros débit et ce degré de pente continu qui en font cette succession exceptionnelle de cascades, de rapides et d'eaux-vives. Ce caractère exceptionnel a d'ailleurs valu à la Magpie d'être classée par la National Geographic parmi les 10 meilleures rivières du monde pour la pratique de sports d'eau-vive. À notre connaissance, il n'existe aucune autre rivière québécoise offrant un parcours d'eau vive aussi sportif et sauvage, sur une aussi longue distance, avec un accès aussi aisé.
En 2003, le Ministère de l'environnement du Québec retenait la vallée de la Magpie sur sa liste des endroits du Québec dont la valeur écologique est suffisamment remarquable pour qu'on y désigne une aire protégée. La désignation d'une Réserve de biodiversité de plus de 1000 km2 venait concrétiser le projet, mais elle n'avait alors qu'un caractère provisoire. En 2006, le ministère a dû reconnaître publiquement que le projet stagnait parce qu'Hydro-Québec s'oppose à ce que la vallée de la rivière Magpie soit protégée.
Contradictions...
Le Plan Nord prévoit d'ambitieux projets d'aires protégées. L'hiver dernier, le gouvernement du Québec renvoyait Hydro-Québec à ses devoirs pour que le plan stratégique de la société d'état reflète mieux les orientations gouvernementales sous-entendues dans l'annonce du Plan Nord. On aurait pu penser que la société d'état allait donner le feu vert à la création d'une aire protégée sur la Magpie, mais, au contraire, quelques semaines plus tard, Hydro-Québec évoquait le début des études d'avant-projet visant bel et bien le harnachement de la rivière. Dans le plan stratégique qui a été déposé au milieu de l'été, Hydro-Québec va même jusqu'à inclure la Magpie dans le portefeuille des projets envisagés pour honorer le Plan Nord. Tout cela en dépit des recommandations explicites du BAPE en faveur de la protection de la rivière et en dépit du fait qu'une aire protégée soit en voie de création à cet endroit.
Des clarifications s'imposent. Le travail de concertation dans lequel s'engage aujourd'hui Mme Normandeau sera critique pour assurer une démarche cohérente et équilibrée dans le développement des ressources du Nord québécois. Â
Ambitieuse, la démarche repose sur plusieurs axes complémentaires. L'un de ceux-ci prévoit «que 50% du territoire du Plan Nord sera à l'abri du développement industriel, minier ou énergétique» et sera voué «à des fins de protection de l'environnement et de développement récréotouristique». En adoptant une telle orientation, les promoteurs du Plan Nord prennent acte du constat que font de plus en plus de citoyens du Québec: le développement de nos ressources ne peut plus se faire sans que l'on conserve en parallèle des éléments importants de notre patrimoine naturel et paysager. En choisissant de soustraire exactement 50% du territoire au développement lourd, le gouvernement envoie donc le message aux Québécois que pour chaque unité de territoire qui sera exploitée, une portion de territoire équivalente sera préservée. Pour l'Association Eaux-Vives Minganie, il importe que cette logique s'étende au patrimoine collectif que sont les grandes rivières du Québec.
L'Association Eaux-Vives Minganie est d'avis que la création d'une aire protégée assurant la préservation du parcours d'eau-vive de la rivière Magpie est un ingrédient essentiel à la concrétisation harmonieuse du Plan Nord en Minganie et l'aménagement responsable et durable du territoire nordique du Québec.
Martin Desrosiers
Association Eaux-Vives Minganie
















