Point de vue

La gouvernance oui... mais aussi la responsabilité

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Selon les auteurs, «L'aventure immobilière de l'UQAM dans... (Photo Archives La Presse)

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Selon les auteurs, «L'aventure immobilière de l'UQAM dans les projets de l'Îlot voyageur (photo) et du Complexe des sciences, n'est certes pas étrangère au dépôt de ces deux projets de loi.»

Photo Archives La Presse

Depuis quelque temps, le refrain de la gouvernance est sur toutes les lèvres. Deux projets de loi traitant de la gouvernance sont actuellement devant l'Assemblée nationale. Ces deux projets de loi ont pour but d'établir des principes de saine gouvernance au regard des établissements universitaires (projet de loi 38) et au regard des cégeps (projet de loi 44).

L'aventure immobilière de l'UQAM dans les projets de l'Îlot voyageur et du Complexe des sciences, n'est certes pas étrangère au dépôt de ces deux projets de loi. Même si la très large majorité de nos institutions d'enseignement universitaires et collégiales ont fait la preuve de leur excellence en matière de gouvernance, s'étant dotées au fil des ans et de leur propre initiative de règles et procédures à cet égard - y compris l'UQAM d'ailleurs -, il n'est pas inopportun de codifier des règles de saine gouvernance dans une loi. Toutefois, il ne faudrait pas que la codification et l'imposition de telles règles ait pour résultat de freiner l'initiative locale et de contraindre le déploiement des forces vives de nos institutions dans ce qu'elles ont de plus dynamique, de plus imaginatif et de plus spécifique.

Un peu court...

Que signifie donc le terme «gouvernance»? Ce mot passe-partout veut dire, selon nos dictionnaires, une manière de gérer, d'administrer. Mais «c'est un peu court, jeune homme», s'exclamerait Cyrano! Qu'en est-il de la responsabilité, qu'en est-il des valeurs personnelles comme l'intégrité, le sens moral, l'honnêteté? L'établissement de principes de saine gouvernance par une institution est un pas dans la bonne direction certes, mais cela conduit-il davantage à faire prendre conscience à chacun, et plus encore aux administrateurs dans nos organisations et entreprises, de leurs responsabilités morales, sociales et légales? Convenons que ce n'est pas parce qu'une organisation se donne des règles de gouvernance qu'elle se met automatiquement et irrévocablement à l'abri de toute faute ou de décisions douteuses et préjudiciables.

Il y a plusieurs années déjà, dans la revue À Propos, Jean-Paul Desbiens dénonçait la dissimulation des responsables et la décomposition des responsabilités entraînées par l'usage de mots abstraits, des mots fourre-tout qui font qu'un chat ne s'appelle plus un chat. L'utilisation du seul mot de «gouvernance» pour parler des responsabilités des dirigeants ou des gestionnaires risque de produire les mêmes effets. Bien sûr, des règles de gouvernance sont légitimes et utiles. Mais elles restent muettes sur la vision, le courage et l'intégrité qu'il faut pour diriger au quotidien un hôpital, une université, un collège, une école, une petite, moyenne ou grande entreprise.

Attention aux cadenas

La gouvernance ne se construit que de personne à personne, dans la confiance et la vérité. Un dirigeant ou un administrateur responsable, c'est une personne qui décide, qui rend des comptes et qui répare s'il le faut. La structure décisionnelle, la règle, le code, les processus administratifs de vérification ne sont tous que des moyens. On ne peut construire un modèle de gouvernement des hommes autour de ces seules moyens, en ignorant la nature profonde de toute institution humaine: celle de l'humain en tant que personne, un être générique et singulier qui pense et agit essentiellement à partir de ses compétences propres et de ses valeurs profondes.

Il importe donc que toute intervention en matière de gouvernance n'ajoute pas davantage d'obligations bureaucratiques aux institutions, organismes et entreprises, ne cadenasse ses gestionnaires et dirigeants et ne rogne leur énergie créatrice. Elle doit éviter le grand piège de réduire la gouvernance à une cage de règles et de directives paralysantes, car alors il faudra davantage de «gardiens de la norme» que de dirigeants pour s'assurer de leur application.

Jean-Noël Tremblay, Denys Larose, Normand Chatigny et Michel Héroux

Les auteurs, tous intéressés aux affaires et aux politiques publiques, habitent Québec et sa région.

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