Pour forger cette orientation, la CPTAQ ne prend malheureusement pas en compte deux éléments d'analyse importants voir essentiels et surtout contemporains. A savoir, premièrement, l'existence d'un modèle d'agriculture particulier pratiqué à l'intérieur de tout grand périmètre urbain appelé agriculture urbaine, et deuxièmement, la multifonctionnalité de toute exploitation agricole. Bien que le principe de multifonctionnalité ait été amplement discuté et compris lors du déroulement des travaux de la Commission d'enquête sur l'avenir de l'agriculture au Québec et apparaît dans les recommandations du rapport Pronovost, son application actuelle par les gestionnaires du territoire ne semble destinée qu'aux exploitations situées en dehors des périmètres urbains. Erreur pourtant. La multifonctionnalité d'une exploitation agricole s'exprime de façon concrète par les biens et services qu'elle produit. Et ceux-ci sont nombreux et variés, pour ne pas dire essentiels, lorsque l'exploitation agricole est située au coeur d'une agglomération urbaine. Il suffit de penser à la production de denrées alimentaires et de végétaux décoratifs à proximité des consommateurs; à la participation des citoyens à la production; à une activité de loisir à portée économique et sociale; à un moyen efficace pour combattre les îlots de chaleur; à un support à la biodiversité; à un milieu efficace pour recharger proprement l'aquifère local; à des lieux de socialisation et d'éducation des habitants du quartier; à des sites de recherches et d'expérimentation scientifique; à des lieux ou conserver des collections de plantes; à un point d'intérêt touristique majeur s'il est aménagé de manière artistique.
Améliorer santé et bien-être
Mais qu'est-ce que le modèle de l'agriculture urbaine? Il est motivé par un objectif d'amélioration de la santé des citoyens et de leur bien-être. Il se caractérise par la mise en culture de petites superficies enclavées, des propriétaires ou locataires multiples, une participation citoyenne importante, des pratiques agricoles biologiques, de faible charges d'odeur, une rentabilité économique surprenante. Il faut savoir que les modèles agricoles en zone périurbaine et rurales ont eux aussi beaucoup changé en ce qui a trait à leur rentabilité économique. D'un côté on estime à l'UPA que 33% des agriculteurs québécois ne tirent pas leur principal revenu de leur exploitation. D'un autre côté une ferme urbaine de Milwaukee de deux acres, pratiquant le spin farming produit pour 250 000 $ de nourriture. Il est en fait impensable de s'appuyer sur la rentabilité économique d'une exploitation pour l'exclure d'une zone agricole.
Un obstacle majeur à la pratique de l'agriculture urbaine est la quasi-absence de sols de bonne qualité. Peut-il en être autrement quand les plans (schéma) d'urbanisme dirigent la construction commerciale et résidentielle vers les meilleurs sols pendant que les urbainculteurs en sont réduits à cultiver dans des bacs et sur des sols plus ou moins contaminés? Il faut densifier les centres urbains en utilisant la construction en hauteur, sur les sols impropres, mais réserver des îlots pour l'agriculture urbaine sur les meilleurs. Un choix se pose, soit habiter en zone périurbaine avec son potager-gazon ou soit habiter au centre de la ville, en zone densifiée pourvue d'espaces destinés à l'agriculture urbaine. Quelle option est le plus durable?
Idéologie à disséminer
Il est impératif d'introduire auprès des gestionnaires du territoire (dont la CPTAQ et les conseils d'agglomération), l'idéologie de l'urbanisme agricole. Isabelle Boucher décrit bien ce qu'est l'urbanisme agricole: «Ses principes visent à faire le lien entre l'alimentation, le territoire et la santé en créant un environnement qui supporte l'agriculture urbaine par la préservation des parcelles agricoles, la mise en place de marchés locaux et l'organisation d'activités de sensibilisation». Je préciserais, en cette année internationale de la biodiversité, l'importance de greffer l'inclusion des îlots et des corridors de biodiversité à cette idéologie, au même titre que les aires protégées naturelles le sont sur d'autres territoires non urbanisés.
Les 22 ha de la ferme SMA rattachées au dossier 365151 de la CPTAQ offrent une occasion unique de créer au coeur de Québec, et surtout de la léguer aux générations futures, une entité agricole urbaine dédiée à la santé et au bien-être des citoyens. Sur le plan géographique, un développement durable du secteur de Beauport devrait comprendre un corridor de biodiversité reliant du sud vers le nord, les écosystèmes de la Baie de Beauport, du parc Maizerets, l'entité agricole urbaine SMA, le contrefort laurentien dans le secteur de la Montagne des Roches. Le projet de réhabilitation du ruisseau du Moulin, préparé par le Corporation d'actions et de gestion environnementale de Québec (CAGEQ) devraient s'y intégrer.
Pour y parvenir:
La CPTAQ doit renoncer à l'exclusion de la zone agricole provinciale de ce lopin de terre patrimonial.
La Ville de Québec doit intégrer à son schéma d'aménagement l'idéologie de l'urbanisme agricole, incluant l'approche biodiversité. Un organisme, tel le CAGEQ doit réaliser rapidement une étude portant sur la réalisation du projet entité agricole urbaine SMA.
Denis Côté, L'Ancienne-Lorette










