Le 9 décembre 2009, la sous-ministre adjointe à la Direction générale des services sociaux du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) annonçait aux EÉSAD que le ministère ne disposait pas des ressources pour honorer l'annonce du 2 octobre dernier. La ministre, pour sa part, a parlé de «réaménagement budgétaire à l'intérieur du programme». Belle figure de style...
Mais revenons d'abord en arrière, au printemps 1997. Le ministère de la Santé et des Services sociaux, dans la foulée du Sommet sur l'économie et l'emploi, mettait de l'avant un nouveau programme aunom étrange, le PEFSAD (Programme d'exonération financière pour les services d'aide domestique). Ce programme avait pour principal objectif d'améliorer l'offre de services de soutien à domicile auprès des personnes âgées. On constatait en effet que cette offre de services était grandement déficiente depuis plusieurs années. Les CLSC étaient incapables d'assurer un «panier de services complet», il fallait donc compter sur des ressources bénévoles, des programmes d'employabilité et le travail au noir. Les personnes à faibles revenus étaient bien sûr les moins bien desservies. En mettant de l'avant ce programme, le MSSS souhaitait donc voir se développer partout à travers le Québec un réseau d'entreprises d'économie sociale en aide domestique (EÉSAD) pour assurer une meilleure offre de services.
La principale source de financement des ESSAD est la vente de services à domicile. Les «clients» sont souvent référés par le CLSC. Le programme est conçu de façon à soutenir les entreprises, non pas par des subventions, mais bien par une contribution financière variable (selon le revenu de la personne) pour aider l'usager à acheter des heures de services. Il faut cependant souligner que la contribution de l'usager est souvent supérieure à celle du PEFSAD. La contribution financière du secteur public est donc moins importante qu'on serait porté à le croire et pourtant, cette contribution n'a pas été indexée depuis 1997.
L'avancée d'octobre paraissait donc bien mince (3,5 millions $ pour tout le Québec) car il y avait un consensus chez les entreprises d'injecter au moins 15 millions $ pour compenser les retards accumulés depuis 1997. Encore un cas flagrant d'économie de bouts de chandelles et du peu de considération pour les besoins des aînées. Or l'annonce de décembre dernier, qui remet en question ce 3,5 millions $, constitue une nouvelle gifle...
Le gouvernement du Québec ne semble pas du tout préoccupé par le sous-financementrécurrent des entreprises. Pourtant il ne s'agit pas d'augmenter la profitabilité des entreprises mais bien d'assurer leur pérennité, et, par voie de conséquence, le maintien de services importants dans un Québec vieillissant. En 2003, la firme MCE Conseil déclarait: «La perte d'autonomie relative de ces personnes se manifeste surtout à partir de l'âge de 70 ans. À cet âge, les travaux d'entretien ménager deviennent le premier facteur de risque dans la détérioration des capacités physiques et mentales des personnes et les services d'aide offerts acquièrent une valeur préventive inestimable pour leur qualité de vie. Ces services contribuent en outre à réduire la demande pour les services publics d'accueil et la pression sur l'équilibre budgétaire de l'État.»
En moyenne, les dépenses de main d'oeuvre représentent plus de 80% du coût de revient d'une heure de service. Cette main d'oeuvre, dont les compétences et l'importance des tâches sont sous-estimées, est composée majoritairement de femmes. Doit-on voir là une raison supplémentaire de l'indifférence du gouvernement à corriger la situation financière des EESAD? Souhaite-t-on favoriser le développement du travail au noir? On ne peut pas prétendre avoir de la considération pour nos aînés si on n'offre pas à celles qui en prennent soin de meilleures conditions de travail.
Depuis 1997, ce sont les personnes âgées qui doivent assumer directement les augmentations de coût, à tel point qu'année après année, plusieurs d'entre elles ont dû abandonner ces services. Qu'en est-il de notre volonté collective de permettre aux personnes vieillissantes de demeurer à domicile, de vivre dans la dignité et dans le respect de leur autonomie? L'indifférence de la ministre, Mme Thériault, a de quoi inquiéter...
Les sept entreprises d'économie sociale en aide domestique de la région de la Capitale-Nationale
Josée Arseneault, Service Amical Basse-Ville
Linda Couture, Aide à la communauté et services à domicile
Pierre Tremblay, Agence pour vivre chez-soi
Lucie Bussières, Coopérative de solidarité de services à domicile de Québec
Michèle Bussières, Coopérative de services à domicile du Cap Diamant
Louise Roy, L'Entraide communautaire Le Halo
Renelle Valade, Coopérative de services à domicile Orléans










