L'ADQ a besoin d'une nouvelle image conservatrice

Lorsqu'on regarde le déclin du parti de l'Action démocratique du Québec (ADQ), on ne peut s'empêcher de se demander si un parti politique de droite a sa place au Québec. Si oui, comment est-ce que l'ADQ peut répondre à ce besoin?

Afin de trouver réponse à cette question, on peut remonter au milieu des années 1990 et se référer au débat entre Stephen Harper et Preston Manning, au sujet de l'âme du Parti réformiste qui, tout comme l'ADQ, à employé les doubles thèmes du populisme et de la décentralisation. Mais pour Harper, ces principes étaient comme de l'artillerie sur un navire de guerre, et non le navire lui-même. Pour lui, la vision dominante du parti devait demeurer conservatrice.

Plus tard, son ascension comme premier ministre en tant que «capitaine» du «Parti conservateur CSS» n'a fait que revendiquer l'instinct qu'il avait auparavant manifesté. Même pour ceux qui ne font que jeter un oeil sur la politique, le conservatisme signifie quelque chose, alors que «l'adéquisme» est nébuleux, tout comme l'était le «réformisme».  

    

Lorsque Mario Dumont a créé son parti en 1994, la raison d'être de son parti reposait sur des politiques constitutionnelles. L'ADQ devait offrir une option intermédiaire, décrite plus tard comme une option «d'autonomie», entre le fédéralisme des libéraux du Québec, et le sécessionnisme flagrant du Parti québécois. En réalité, lorsque Dumont construisait l'identité centrale de son parti sur cet aspect, il combattait le feu des autres partis par son propre feu.

En raison du contexte de récession, le public semble en avoir assez de ces types de distractions, ce qui est malheureux pour les amateurs de politiques constitutionnelles. La preuve: remarquez les dommages subis par le Parti québécois lors d'une élection partielle en 2009 par l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, alors qu'il insistait sur le fait que la proposition du parti d'effectuer des référendums sectoriels, dans le but d'obtenir plus de pouvoir d'Ottawa, alimenterait les dissensions entre les autorités fédérales et provinciales.  

Dans ses efforts pour amener son navire sur une berge sécuritaire, le nouveau dirigeant de l'ADQ, Gérard Deltell, aurait plutôt intérêt à prendre en considération l'exemple du premier ministre Harper, éviter d'agir comme Parizeau, et donner une nouvelle image ouverte et conservatrice à son parti. Par ailleurs, le Parti conservateur du Québec, qui a existé de 1867 à 1935, a dominé la province au 19e siècle, et a produit 9 premiers ministres.

Un regroupement sur des notions conservatrices universellement acceptées comme le régime de libre entreprise, la baisse d'impôt et la responsabilité individuelle permettrait de redonner confiance, grâce à la familiarité et à la stabilité implicite de ces notions. De plus, ce regroupement aurait un accent québécois, c'est-à-dire qu'il permettrait une certaine implication de l'état dans la préservation de la langue et de la culture, au besoin.

À titre de balise pour les conservateurs modérés, maintenant distribués dans trois des quatre partis de l'Assemblée nationale, un parti conservateur plus ouvert pourrait composer avec des politiques constitutionnelles décentralisées. Ou mieux, les éventuelles divisions internes à ce sujet pourraient être évitées en mettant ces questions en parallèle avec des référendums impartiaux découlant de l'initiative des citoyens, comme les modèles utilisés en Europe et aux États-Unis.  

    

Pour une population maintenant prise au piège dans une partisanerie constitutionnelle, venue au monde à l'ère du hula hoop, il serait rafraichissant d'effectuer un retour en arrière vers des politiques basées sur le rôle approprié de l'État dans la société. Il est impossible de douter du pouvoir récupérateur d'une image établie depuis longtemps.  

Parfois, la meilleure façon de combattre le feu n'est pas par le feu, mais à l'aide de quelque chose de différent... comme de l'eau.

Richard Smith, rédacteur Quebecer vivant près de Toronto.

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