Ni religieux ni athées

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L'auteur soutient que les Églises ne peuvent plus prétendre au monopole de l'accès à Dieu, tout comme les athées se présenter comme les seuls défenseurs de la rationalité et du progrès de la civilisation. 

Photothèque Le Soleil

La montée inquiétante du fondamentalisme religieux un peu partout dans le monde a suscité, au cours des dernières années, toute une littérature engagée dans la défense de la laïcité et de la modernité. De fait, il est important que les excès et les dérives de l'extrémisme religieux soient dénoncés comme ils l'ont été par de nombreux auteurs.

Malheureusement, une certaine vision des choses qui sous-tend l'argumentation de ces auteurs me semble miner la crédibilité de leur défense de la laïcité et de la rationalité. Ils supposent en effet souvent que la seule voie pour faire obstacle au fondamentalisme serait celle qui mène à l'athéisme, comme s'il n'y avait qu'une alternative : être fondamentaliste ou être athée. Or il se trouve qu'assez peu de gens sont prêts à s'engager dans la direction radicale de l'athéisme. Par exemple, ce n'est sans doute pas simplement la discrétion ou la pudeur qui ont empêché tant de personnes de répondre à l'invitation que Daniel Baril et Normand Baillargeon adressaient récemment à une cinquantaine de Québécois, leur demandant de témoigner de leur athéisme dans le livre intitulé Heureux sans Dieu. C'est plus probablement parce que le fait de prendre ses distances vis-à-vis de la religion n'implique pas nécessairement que l'on rejette totalement l'idée de Dieu. On peut très bien n'être que dans le doute et se poser beaucoup de questions.

 

D'ailleurs l'approche de certains défenseurs de l'athéisme suggère fortement que l'on ne peut admettre l'existence de Dieu, si l'on est vraiment rationnel et libéré du dogmatisme qui a prévalu durant de nombreux siècles au sein des Églises chrétiennes. Un vrai libre penseur ne saurait, pense-t-on, admettre l'idée d'un Dieu créateur à l'origine de l'univers. Cette croyance ferait partie du fatras de superstitions qui ont terrorisé nos devanciers. Parce que de nombreux philosophes et d'illustres savants affichent leur athéisme, on en conclut que la croyance en Dieu est un signe d'ignorance, de crédulité et de faiblesse d'esprit. Pour être évolué et de son temps, il faudrait être athée.

Comme peu de gens apprécient d'être rangés dans la catégorie des arriérés, nous devrions donc être nombreux à nous proclamer athées. Or il n'en est rien, comme le démontrent toutes les statistiques récentes. On peut alors soupçonner que beaucoup d'entre nous ne considèrent pas l'athéisme comme le signe incontournable d'un esprit libéré et critique. Je pense plutôt que la grande majorité d'entre nous sommes plutôt du sentiment qu'il est plus sensé et rationnel d'admettre l'existence d'un Être suprême que de la nier. En effet comment, entre autres, concevoir qu'un univers si grand et si beau, régi par des lois si complexes et si sophistiquées, soit venu de nulle part et relève du hasard le plus aveugle qui soit? Non, l'existence même et l'ordre merveilleux de notre monde démontrent l'existence d'un Absolu qui en est la cause première. C'est aussi ce qu'ont pensé les plus grands philosophes de l'histoire occidentale, entre autres, Descartes, un des pères du rationalisme moderne.

Ce que je trouve dommage dans l'attitude condescendante à l'endroit des croyants, c'est qu'on laisse entendre qu'on ne peut être un fervent défenseur de la laïcité et de l'ouverture d'esprit si on croit en Dieu. C'est comme si l'on voulait exclure de la modernité tous ceux qui tiennent à donner un sens à l'existence humaine et croient en la transcendance. On se prive ainsi de forces vives qui s'opposent, elles aussi, à l'obscurantisme et à la barbarie de certains fondamentalistes. On a tout intérêt, il me semble, à élargir le plus possible les rangs de ceux qui militent en faveur des droits humains. Dans une société évoluée comme la nôtre il y a tout lieu de voir collaborer aussi bien ceux qui ont la foi en leur religion que ceux qui croient en Dieu par conviction philosophique et ceux qui se disent athées. Le fait que nous ne partagions pas tous la même approche en ce qui concerne la question de Dieu ne devrait pas servir d'occasion de pratiquer le sectarisme et l'intolérance.

En somme, d'une part, les Églises ne peuvent plus prétendre au monopole de l'accès à Dieu: nombreux, en effet, sont ceux qui par des voies toutes personnelles, en dehors des religions, nourrissent l'intuition profonde ou la conviction philosophique que Dieu existe. D'autre part, pourquoi les athées se présenteraient-ils comme les seuls défenseurs de la rationalité et du progrès de la civilisation? On n'est pas forcé de choisir entre la religion et l'athéisme et surtout pas entre le fondamentalisme et l'athéisme.

Par exemple, un des défenseur de l'athéisme, Christopher Hitchens, a sous-titré son livre: «Comment la religion empoisonne tout». Il aurait cependant pu observer qu'il y a des barbares dans tous les secteurs de la vie humaine et que c'est plutôt cela qui empoisonne tout. Les barbares ont, en effet, des pratiques religieuses barbares. Mais, quand ils sont athées, ils ont également un athéisme barbare, comme ce fut le cas chez les acolytes d'Hitler. Il y a eu aussi des communistes barbares au temps de Staline ou de Pol Pot. Récemment on a découvert des barbares à cravate dans les milieux de la finance. Alors, il me semble un peu simpliste de penser mettre un terme à la bêtise humaine en combattant la croyance en Dieu.

Raynald Valois, Ph.D.

Île-d'Orléans

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