Dans une lettre d'opinion publiée récemment, M. Jean-François Minardi de l'Institut Fraser lance une attaque à l'emporte-pièce contre une étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) sur les impacts socio-économiques des régimes miniers canadien et québécois. Selon M. Minardi, l'étude de l'IRIS constitue «un programme radical de destruction de l'industrie minière». Notre étude s'interroge plutôt sur la pertinence de continuer à engloutir des fonds publics dans un secteur qui, au final, rapporte de moins en moins aux contribuables québécois-es.
Plutôt que de reprendre les données considérablement gonflées des études commanditées par les associations minières du Québec (l'AEMQ et l'AMQ) comme le fait M. Minardi, l'étude de l'IRIS permet de constater que, depuis les quinze dernières années, la part de l'industrie des mines métallifères dans l'économie québécoise est en déclin malgré une hausse des dépenses publiques dans le secteur. En effet, entre 1995 et 2007, les investissements publics ont augmenté de 48% pour atteindre un niveau une fois et demi plus élevés que les redevances et les impôts perçus. Pendant ce temps, le nombre d'emplois et la contribution du secteur au PIB chutaient de 8% et de 44% respectivement.
Coûts socio-environnementaux évacués
Il est lamentable de constater que M. Minardi évacue complètement de son analyse les coûts socio-environnementaux que génère l'activité minière. Au Québec, on dénombre 345 sites miniers abandonnés qui relèvent de la responsabilité du gouvernement provincial et dont le coût d'assainissement s'élève à 300 M$ pour la collectivité.
Par ailleurs, le fait que le Québec figure au premier rang du classement mondial de l'Institut Fraser quant à la permissivité des politiques minières serait une «grande réussite dont tous les Québécois devraient se réjouir». Une telle «réussite» cache cependant des réalités locales néfastes qui découlent d'un encadrement juridique laxiste du secteur minier au Québec.
En effet, sous le principe totalement obsolète du free mining (hérité de l'époque de la ruée vers l'or), la législation minière permet, par exemple, à tout exploitant de recourir à des procédures d'expropriation de propriétaires fonciers en cas d'échec d'ententes à l'amiable. Et même lorsqu'il y a entente, des problèmes subsistent. À Malartic, par exemple, plusieurs citoyens se disent insatisfaits des procédures de déménagement dans le cadre du projet de la Corporation minière Osisko. Certains estiment avoir souffert de stress, d'iniquités et d'un manque de soutien juridique dans le cadre de ces délocalisations.
M. Minardi prétend par ailleurs que la recommandation de l'IRIS quant à une reconversion progressive vers des secteurs plus verts donnerait lieu à «l'émergence de villes fantômes dans les régions rurales du Québec» et cette situation serait, à son avis, «catastrophique pour les régions». L'auteur oublie que les villes fantômes font déjà partie du paysage du Québec - on n'a qu'à penser à Gagnon ou Schefferville - et qu'elles sont le résultat non pas d'une réorientation économique mais bien de l'instabilité inhérente à l'industrie minière, notamment en raison des variations des prix mondiaux des métaux.
Des réserves qui s'épuisent
La véritable «catastrophe» pour les régions surviendra si on évite de regarder la réalité en face quant aux véritables impacts socio-économiques du secteur. Malgré le boom actuel lié à l'industrialisation des économies asiatiques émergeantes, il importe de tenir compte de la nature cyclique de l'industrie, de la mécanisation du travail au sein du secteur ainsi que du déclin des réserves de métaux au pays. Depuis 1985, au Canada, les réserves de cuivre et de nickel ont chuté de près de 50%, et celles de plomb d'environ 80%. Cette situation est alarmante au point de semer l'inquiétude chez les industriels du secteur.
Ce que notre étude nous permet de conclure est que si nous n'envisageons pas, dès maintenant, des mesures visant à diversifier la main-d'oeuvre dans les régions minières, les emplois risquent, à long terme, d'y être menacés.
L'Institut Fraser devra s'apercevoir un jour ou l'autre que la création d'emplois verts ne relève pas de la «fantaisie». Partout dans le monde, des pays optent pour encourager le développement de secteurs économiques dédiés à la préservation environnementale. Le concept de «New Deal vert» a notamment suscité beaucoup d'intérêt afin de lutter simultanément contre les effets combinés de la crise économique et environnementale.
Au Québec, le secteur du recyclage des métaux pourrait figurer dans une stratégie économique axée sur le développement d'emplois de type «cols verts». Le secteur de l'assainissement et de la gestion des déchets contribue déjà, d'ailleurs, pour 8% de plus au PIB du Québec que le secteur de l'exploitation métallifère, et génère 9 fois plus d'emplois que ce dernier.
Devant un tel état de fait, et face à l'actuelle crise écologique, il nous apparaît pleinement légitime de questionner les véritables apports de l'industrie minière. Les Québécois-es sont en droit d'exiger que leur régime minier atterrisse enfin au 21e siècle, loin du far-west fiscal, environnemental et social qu'engendre l'actuelle structure de soutien au secteur.
Laura Handal, chercheure à l'IRIS et auteure de l'étude «Le soutien à l'industrie minière : Quels bénéfices pour les contribuables?»










